Faut-il réviser la valeur seuil de la troponine ?

  • Mariathas M & al.
  • BMJ
  • 13 mars 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’analyse des données de plus de 20.000 patients reçus dans un hôpital universitaire britannique (tous profils confondus) montre que 4,6% d’entre eux présentaient un taux sérique de troponine T hypersensible ( TnThs) supérieur à la valeur normale haute recommandée (>99 e percentile) en l’absence de suspicion clinique d’infarctus du myocarde. Chez ceux dont la valeur de TnThs était supérieure à la valeur normale haute, la valeur moyenne était de 189 ng/L.

L’étude a permis d’identifier plusieurs facteurs associés à une valeurs de troponine supérieure à la valeur normale haute, comme l’âge, le sexe ou l’état de la fonction rénale, confirmés par une analyse multivariée. Enfin, la situation clinique des patients semblait jouer un rôle, les patients hospitalisés dans certains services (urgences, soins intensifs, chirurgie aiguë…) ayant un risque plus important de présenter une valeur de TnThs supérieure à la normale que les patients ambulatoires.

Les auteurs invitent donc les équipes médicales à interpréter les taux de troponine cardiaque avec prudence au regard de la situation clinique, afin de ne pas poser un diagnostic erroné d’IDM – en particulier de type 1 – et de ne pas mettre en place des traitements inappropriés.

Intérêt de cette étude

La TnT cardiaque est un biomarqueur spécifique et très sensible pour identifier les lésions du myocarde. La valeur normale haute recommandée (40 ng/L dans le cas présent) est établie en moyennant les valeurs normales de plusieurs centaines d’hommes et de femmes en bonne santé. Or, certains paramètres sont décrits dans la littérature comme capables d’influencer le taux sérique de la protéine : âge, sexe, débit de filtration glomérulaire… Cette étude visait à évaluer dans quelle mesure la valeur de TnThs pouvait être variable dans une cohorte de patients présentant des situations cliniques hétérogènes.

Méthodologie

L’étude CHARIOT est une étude observationnelle prospective britannique qui a analysé les valeurs de TnThs et les données cliniques de plus de 20.000 patients reçus à l’hôpital universitaire de Southampton entre juin et août 2017, tous profils confondus : reçus en consultation, ambulatoires, admis aux urgences, hospitalisés dans les différents services cliniques.

Principaux résultats

  • Les 20.000 patients consécutifs inclus dans l'étude présentaient un âge médian de 61 ans et 52,9% d’entre eux étaient des femmes.

  • Parmi eux, 5,4% présentaient une concentration de TnThs >40 ng/L, avec une valeur moyenne de 296 ng/L. Après exclusion de ceux chez lesquels un IDM avait été diagnostiqué ou suspecté (n=18.171), 4,6% présentaient toujours un taux supérieur à 40 ng/L (valeur moyenne : 189 ng/L).

  • Toujours après exclusion, l’analyse menée selon le profil clinique des patients a montré que le taux mesuré était supérieur à la valeur normale haute chez 6,07% de ceux reçus aux urgences, et 14,16% de ceux reçus dans les autres services hospitaliers (à l'exception de la cardiologie), dont 20,8% de ceux en gériatrie.

  • L’augmentation en âge et le sexe masculin ont été associés à un risque de taux de TnThs supérieur à la normale.

  • Une analyse multivariée, menée après exclusion des cas diagnostiqués ou suspectés d’IDM, a montré qu’une valeur de TnThs supérieure à la valeur normale haute était associée à l’avancée en âge (OR 1,03 [1,03-1,04], p

Financement

La nature observationnelle de l’étude ne permet pas de confirmer le lien de causalité.