Faut-il relever le seuil de TSH chez les plus de 80 ans ?

  • Mooijaart SP & al.
  • JAMA
  • 30 oct. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Le suivi de 251 sujets de 80 ans ou plus ne permet pas de soutenir l’intérêt du traitement de l’hypothyroïdie fruste par lévothyroxine : en effet, aucune amélioration des symptômes ou de la fatigue associée n’a été observée sur 12 à 36 mois de suivi par rapport au placebo.

Décalage des valeurs normales associées à l’âge

Selon l’auteure de l’éditorial [1] qui accompagne l’article, cette étude permet de suggérer que relever le seuil de thyréostimuline (TSH) à 7 mUI/L serait utile dans le suivi de la population âgée de 80 ans ou plus. En effet, la littérature décrit que la distribution des taux de TSH tend à se décaler vers les valeurs supérieures avec le vieillissement et que la fréquence des symptômes chez les plus de 70 ans traités pour hypothyroïdie est identique à celle de sujets contrôles euthyroïdiens de même âge. Dans cette classe d’âge, les symptômes ne peuvent donc à eux seuls guider la décision thérapeutique face à une hypothyroïdie fruste. La décision doit être prise au cas par cas, selon le niveau de TSH et le niveau de risque cardiovasculaire associé, connu pour être statistiquement supérieur à partir de 7 mUI/L.

Cette étude pourrait inciter à réduire la fréquence de la prise en charge de l’hypothyroïdie fruste du sujet âgé et ainsi la polymédication de cette population par la lévothyroxine, connue pour sa marge thérapeutique étroite.

Cette étude conforte les préconisations de la HAS qui suggère de discuter d’un traitement par lévothyroxine en cas d’hypothyroïdie fruste avec un taux de TSH>10 mUI/L lors de 2 examens successifs dans la population générale et qui rappelle que l’association entre une TSH>10 mUI/L et le risque cardiovasculaire a pu être décrite, mais de façon inconstante chez les personnes âgées, sans que le traitement ne puisse toujours diminuer le risque cardiovasculaire.

Compilation des données des études IEMO et TRUST

Cette analyse a été menée à partir de deux études cliniques randomisées en double aveugle (IEMO et TRUST) dans lesquelles des sujets âgés ont été recrutés pour une hypothyroïdie fruste (TSH>4,6 mUI/mL, T4 normale) mesurée à au moins deux occasions dans les 3 mois à 3 années précédents. L’une avait recruté des sujets de 80 ans ou plus, la seconde des sujets de 65 ans ou plus, au sein desquels ceux d’au moins 80 ans ont été extraits pour cette analyse. Dans les deux études, la randomisation a permis de placer les patients sous lévothyroxine ou sous placebo.

Pas d’impact sur la fatigue, la pression artérielle ou la qualité de vie

Au total, les données de 251 patients suivis ont été analysées (âge moyen 84,6 ans, 47% de femmes) : le taux de TSH à l’inclusion était de 6,3 et de 6,4 mUI/mL dans les groupes traitement versus contrôle respectivement.

À 12 mois, les deux co-critères principaux d’évaluation étaient inchangés : le score ThyPRO relatif aux symptômes thyroïdiens (coté 0-100, les scores les plus élevés indiquant une dégradation de la qualité de vie) était passé de 21,7 à 19,3 dans le groupe traité, et de 19,8 à 17,4 dans le groupe placebo (différence ajustée 1,3 [-2,7 à 5,2]) et le score de fatigue était passé de 25,5 à 28,2 dans le groupe sous lévothyroxine et de 25,1 à 28,7 dans le groupe placebo (différence ajustée −0,1 [−4,5 à 4,3]).

Parallèlement, les résultats concernant les critères secondaires étaient également similaires dans les deux groupes : qualité de vie (Euro-Qol-5D), fonctionnement physique, pression artérielle, fonction cognitive exécutive ( Letter Digit Coding Test ) que ce soit à 12 mois ou à la fin du suivi de l'étude (17 mois).

Une différence statistiquement significative a été observée concernant une légère augmentation de l'indice de masse corporelle et du tour de taille dans le groupe des sujets sous lévothyroxine à 12 mois, par rapport au groupe placebo, mais ceci serait non cliniquement significatif selon les auteurs. Enfin, la fréquence et la nature des événements indésirables étaient similaires dans les groupes.