Faut-il priver les anxieux de viande rouge ou transformée ?

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’Agence Internationale pour la Recherche contre le Cancer a reconnu que le risque de cancer était probablement augmenté par la consommation de viande rouge et clairement augmenté par la consommation de viande transformée. Il est également admis que l’anxiété augmente la perméabilité de la barrière intestinale. L’étude française NutriNet-Santé (2009-2019) a évalué si l’anxiété avait un impact sur cette association. Sur l’ensemble de la cohorte évaluée, les analyses montrent que le risque de cancer colorectal était augmenté de 18% pour chaque augmentation de 50g/j de la consommation de viande rouge ou de viande transformée. Ce même risque était significativement augmenté de 42% chez les sujets anxieux et de l’était pas chez les sujets non anxieux.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Trois composés seraient au cœur de ce processus carcinogène : les amines hétérocycliques, les dérivés N-nitrosés et le fer héminique. Ce dernier pourrait être l’acteur principal de ce processus. Des études expérimentales ont suggéré que l’augmentation de la peroxydation des lipides par l’hème conduirait à la formation d’aldéhydes cytotoxiques et génotoxiques dans la lumière intestinale. Et in vitro il a été démontré que des cellules précancéreuses devenaient résistantes à l’apoptose sous l’effet de ces aldéhydes.

Méthodologie

Au global, un échantillon de 101.269 personnes ont participé à cette étude. L’association entre la consommation de viande rouge, de viande transformée et le développement d’un cancer global, ou plus spécifiquement d’un cancer colorectal, de la prostate, et du sein a été évaluée chez les individus anxieux et non anxieux. 

Principaux résultats

Sur l’ensemble de la cohorte, 19.228 sujets ont été jugés comme anxieux. Parmi eux, 11.702 ont déclaré avoir été traités pour anxiété ou troubles anxieux avant l’inclusion dans l’étude, et 7.624 durant les deux premières années de l’étude. Durant les deux premières années de l’étude, chaque individu aurait réalisé en moyenne 5,68 tests de la consommation des dernières 24h. Et, en moyenne, la population de l’étude consommait 42 g/jour de viande rouge et 20g/jour de viande transformée. 

Durant un suivi moyen de 5,5 ans, 3,126 cas de cancer ont été diagnostiqués (250 cancers colorectaux, 910 cancers du sein, 369 cancers de la prostate). L’âge moyen au diagnostic était de 59,4 ans. Toute augmentation de la consommation de viande rouge ou de viande transformée de 50g/jour était associée à une augmentation significative de 6% du risque total de cancer et de 18% du risque de cancer colorectal (Hazard ratio 1,06 [1,02-1,11], p=0,007 et 1,18 [1,01-1,37], p=0,03). Si l’augmentation du risque de cancer de la prostate n’était pas significative, notons des valeurs limites pour le cancer du sein (1,09 [0,99-1,19], p=0,072). Ce résultat est mis en exergue par les auteurs car d’autres études ont montré que la consommation de viande rouge ou transformée augmentait le risque de cancer du sein. Après stratification sur l’anxiété, le risque global de cancer était augmenté de 13% et le risque spécifique de cancer colorectal de 42% chez les sujets anxieux (respectivement HR pour toute augmentation de la consommation de 50g/j 1,13 [1,02-1,25], p=0,02 et 1,42 [1,03-1,94], p=0,03). En revanche, l’augmentation du risque global de cancer et plus spécifiquement de cancer colorectal n’était pas significative chez les sujets non anxieux. 

Limitations

La cohorte NutriNet-Santé est constituée de volontaires, ayant globalement conscience de l’impact santé d’une alimentation saine. Cette cohorte peut ne pas être représentative de de l’impact de la consommation de viande rouge ou transformée par la population générale.