Faut-il maintenir le dosage de la troponine en ville ?

  • Durand S et al.
  • Journal Européen des Urgences et de Réanimation
  • 26 mai 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les dosages de troponine sont fréquents en médecine générale ambulatoire, mais ils ne suivent les recommandations que dans 70% des cas. Parmi les médecins qui prescrivent des dosages de troponine en ville, la majorité le fait sans avoir confirmation d’une souffrance myocardique à l’ECG (56% des médecins interrogés ne possédaient pas d’ECG), ce qui va là encore à l’encontre des recommandations. En revanche, en cas de résultat positif, le SAMU est bien l’interlocuteur privilégié. Au vu du faible nombre d’indications de ce dosage en médecine générale ambulatoire recommandées par la HAS, les auteurs posent la question de l'utilité de son maintien en ville.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Le médecin généraliste est souvent en première ligne pour détecter un syndrome coronarien aigu (SCA). Selon les recommandations de la HAS (1), il peut décider d’une hospitalisation immédiate sur la base de l’interrogatoire et de l’examen clinique. Le dosage d’un marqueur biologique de la nécrose myocardique comme la troponine n’est pas recommandé en médecine ambulatoire, sauf en cas de patient asymptomatique consultant pour une douleur thoracique survenue plus de 72 heures auparavant et suspect de SCA non compliqué lorsque l’ECG n’est pas contributif. Pourtant son usage tend à se multiplier. Une équipe des services d’urgence de l’hôpital Necker et du centre hospitalier de Versailles ont voulu étudier les raisons qui poussaient les généralistes à la pratiquer.

Méthodologie

Dans le cadre de cette étude observationnelle prospective, un questionnaire a été envoyé par mail à 612 médecins généralistes d’Ile-de-France entre octobre 2016 et septembre 2017. Les indications du dosage ambulatoire de troponine ont ensuite été analysées.

Résultats

  • Sur les 140 médecins ayant participé à l’enquête (âge moyen 35 ans, 70% de femmes), 59% ne pratiquaient jamais de dosage de troponine.
  • Au total, 70% des médecins interrogés respectaient les recommandations de la HAS. Les indications retenues par les autres (30%) étaient : patients asymptomatique avec facteurs de risque cardiovasculaire (1%), faible suspicion de SCA avec douleur thoracique inférieure à 24h (19%), forte suspicion de SCA (24%), modifications de l’ECG (9%).
  • 41% des MG réalisaient des dosages de troponine en ambulatoire, mais seuls 44% d’entre eux déclarait posséder un ECG.
  • Lorsqu’ils étaient équipés, un ECG était presque systématiquement réalisé avant dosage de la troponine (96%). Ceux qui ne l’étaient pas le justifiait par des difficultés à interpréter les tracés, mais aussi par la longueur trop importante de l’acte.
  • Le SAMU représentait l’interlocuteur privilégié pour la quasi-totalité des médecins (99%), mais seule la moitié d’entre eux y faisaient appel de façon systématique.

Limitations

Étude observationnelle déclarative et portant sur un échantillon de taille restreinte.

L’âge moyen des généralistes ayant répondu est plus bas que la moyenne nationale (35 vs 52 ans)

 

 

1. Syndrome coronaire aigu : pas de marqueurs biologiques en médecine ambulatoire. Bon usage des technologies de santé. HAS, septembre 2010. [En ligne] https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2010-11/fbuts_marcoeurs_necrose.pdf