Faut-il adapter le dépistage du cancer du sein chez les personnes transgenres ?

  • de Blok CJM & al.
  • BMJ
  • 14 mai 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

·         Selon les résultats observés sur une cohorte néerlandaise, les femmes trans sous hormonothérapie ont un risque de cancer du sein multiplié par 46 par rapport aux hommes cis.

·         Chez les hommes trans, ce risque est plus faible que chez les femmes cis.

·         Dans les deux cas, le risque de cancer du sein est affecté par l’hormonothérapie par rapport à la population du sexe d’origine, mais reste bas et inférieur à celui des femmes cis, suggérant que le dépistage actuel recommandé pour les genres cis est adapté à la population transgenre.

 

 

Le cancer du sein est une pathologie fréquente chez les femmes et plus rare chez les hommes. Mais qu’en est-il en cas de changement de sexe et d’hormonothérapie associée ? Les femmes trans  (sexe masculin à la naissance, identité féminine) reçoivent généralement des antiandrogènes et des oestrogènes, et les hommes trans (sexe féminin à la naissance, identité masculine) de la testostérone  pour développer les caractères sexuels du sexe choisi. Ces hormonothérapies influencent-elles le risque de cancer du sein ? Seules quelques études de cas ont été publiées et ne permettent pas d’estimer le risque par rapport à la population du sexe d’origine. Une étude réalisée aux Pays-Bas a donc entrepris d’évaluer l’incidence, ainsi que les caractéristiques du cancer du sein chez les sujets transgenres, par comparaison à la population générale.

Un risque fortement augmenté chez les femmes trans …

Cette étude de cohorte nationale rétrospective a été réalisée au sein d’une clinique spécialisée d’Amsterdam qui traite 95% des sujets transgenres des Pays-Bas. Au total, 2260 femmes trans et 1229 hommes trans adultes ont été inclus dans l’étude. Leur traitement hormonal avait été démarré à un âge médian de 31 ans pour les femmes trans et de 23 ans pour les hommes trans.

Sur l’ensemble des femmes trans traitées, 3 ont développé un cancer du sein non invasif et 15 un cancer du sein invasif, après une durée médiane d’hormonothérapie de 18 ans. Il s’agissait de tumeurs intracanalaires pour la plupart, positives aux récepteurs hormonaux (RH), récepteurs aux oestrogènes dans 83% des cas et à la progestérone dans 67% des cas, et 8,3% étaient HER2 positives.

Le risque (taux d’incidence standardisé, TIs) de cancer du sein chez ces femmes trans a été multiplié par plus de 46 par rapport aux hommes cis (sexe masculin à la naissance et identité masculine), mais est apparu néanmoins plus bas que celui retrouvé chez les femmes cis (0,3) (sexe féminin à la naissance et identité féminine).

… mais réduit chez les hommes trans

Chez les hommes trans, 4 cas de cancer invasif seulement ont été rapportés, après une durée d’hormonothérapie médiane de 15 années. Il s’agissait de tumeurs intracanalaires pour 3 d’entre elles. Deux étaient positives aux récepteurs aux oestrogènes et à la progestérone, une était HER2+, et une positive aux récepteurs aux androgènes. Par rapport aux femmes cis, leur risque de cancer du sein était plus faible, avec un TIs de 0,2, mais il était quand même plus important par rapport aux hommes cis (TIs de 58,9).