Fausses allergies à la pénicilline : comment réduire l’incidence déclarée de 80%?

  • du Plessis T & al.
  • J Antimicrob Chemother
  • 6 févr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Le taux de patients étiquetés à tort comme allergiques à la pénicilline peut atteindre 80 à 90% dans certaines études. Étant donné l’incidence de cette allégation sur la prise en charge, il est intéressant de pouvoir en réévaluer l’exactitude en pratique clinique. Ainsi, un hôpital néo-zélandais a mené un travail d’investigation des cas d’allergie à la pénicilline déclarés par 274 patients hospitalisés pendant au moins 24 heures. En l’absence de service spécialisé, le travail a été conduit par un pharmacien hospitalier spécialement formé à la gestion des antibiotiques ( antibiotic stewardship ) et aux maladies infectieuses. À partir d’un travail rassemblant entretiens individuels, étude des dossiers médicaux, et si nécessaire tests de provocation ou orientation vers un spécialiste, il a été possible de déconstruire 80% des cas rapportés d’allergie à la pénicilline. Le suivi à 1 an a ensuite permis de constater que seuls 3 patients dont l’allégation a été démentie ont présenté un évènement de type éruption cutanée tardive après administration d’une pénicilline. L’utilisation de tests de provocation orale d’une durée supérieure à 24 heures pourrait, selon la littérature la plus récente, réduire ce dernier chiffre.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

L’allergie à la pénicilline est rapportée par près de 15% des patients hospitalisés selon certaines études, et d’autres ont décrit la prédominance des fausses allégations d’allergies dans ce chiffre, liées à une mauvaise interprétation de symptômes d’origine non immunitaire lors de la prise des antibiotiques. Étant donné que les patients allergiques à la pénicilline ont des séjours hospitaliers plus longs, reçoivent plus souvent des antibiotiques de deuxième intention et sont exposés à un risque d’antibiorésistance plus élevé, il semble nécessaire de statuer sur la véracité de l’allergie, démarche qui n’est pas souvent adoptée en routine.

Détail du protocole

Le pharmacien hospitalier évoquait le dossier médical, les antécédents et la description des manifestations observées lors de l’allergie présumée au cours d’un entretien avec chaque patient hospitalisé pour plus de 24 heures et se déclarant allergique à la pénicilline (16-70 ans). L’allégation était immédiatement démentie si aucun argument clinique (réaction d’hypersensibilité immédiate) rapporté ou inscrit dans le dossier ne la corroborait. Dans le cas contraire, le patient était orienté vers un test de provocation orale réalisé pendant l’hospitalisation, sous supervision médicale. Les résultats du test permettait de démentir ou confirmer l’allégation. Ceux dont la situation ne permettait pas de statuer clairement avant ou après le test, et ceux qui avaient déjà présenté une manifestation clinique aiguë (syndrome de Stevens-Johnson…) étaient orientés vers un service d’immunologie.

Ensuite, les patients ont été suivis pendant l’hospitalisation et l’année suivante, afin d’évaluer la qualité de ce travail et son incidence à un an.

Principaux résultats

Parmi les 2.535 patients hospitalisés durant la période de l’étude, 274 ont évoqué une allergie à la pénicilline, soit 11% (âge moyen 22 ans, 57% se rappelant mal des manifestations initiales et 77% ayant été placés sous antibiotiques à l’admission).

Parmi les 250 patients inclus (sans problèmes cognitifs, ni problèmes de langue et ayant accepté de participer), 199 (soit 80%) ont vu leur diagnostic d’allergie invalidé dont 160 après l’entretien et 31 après réalisation du test de provocation (sur un total de 34). Au total, l’orientation vers un service d’immunologie a été nécessaire pour 51 patients (20%), parmi lesquels 24 (47%) ont vu leur allergie confirmée. In fine , la cohorte d’allergiques vrais était de 2% des patients hospitalisés.

Parmi les 149 patients se disant allergiques, 91 n’étaient pas sous antibiotiques de première intention. Après discussion avec l’équipe médicale, les changements thérapeutiques proposés et acceptés n’ont donné lieu à aucune manifestation allergique pour les personnes dont l’allergie a été démentie.

Après 1 an de suivi, lorsqu’il était disponible, 103 des 186 patients dont l’allergie a été infirmée avaient reçu des antibiotiques, et 3 d’entre eux ont présenté une réaction d’hypersensibilité retardée similaire à la réaction qu’ils avaient initialement connue. Ces patients ont été rediagnostiqués comme allergiques vrais.

Après l’intervention, 60% des patients se disaient satisfaits de pouvoir être traités par pénicilline, 29% disaient qu’ils l’envisageraient en l’absence d’une autre option et 12% se disaient inquiets par rapport à cette possibilité. Un an après, ils étaient 85% à se dire satisfaits.