Faudrait-il agir sur le microbiote intestinal pour vaincre l’allergie alimentaire ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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30 à 40% de la population mondiale souffrirait d’allergie. Un trio de dysfonctionnements semble au cœur de cette pathologie - le microbiote, les muqueuses et le système immunitaire – et induirait l’altération de la tolérance immunitaire. 

Quid des facteurs environnementaux ?

Il est admis que des facteurs environnementaux auraient contribué à l’augmentation de la prévalence de l’allergie alimentaire au cours des dernières décennies. Dans les années 1980, la « théorie hygiéniste » a été avancée pour expliquer cette évolution dans les pays occidentaux. Celle-ci repose sur la modification de facteurs environnementaux du fait de nos modes de vie comme un excès d’hygiène à la fois corporelle et de nos intérieurs, une large consommation d’antibiotiques, des modifications importantes de notre alimentation, un plus grand recours à la césarienne, etc. Ces pratiques auraient favorisé la modification de nos microbiotes et notamment de notre microbiote intestinal. Or, ce phénomène engendrerait un déséquilibre du système immunitaire et notamment un défaut de maturation des mécanismes d’immunorégulation. 

Remise en question de la théorie hygiéniste

Actuellement cette théorie est remise en cause au profit d’une sensibilisation précoce aux aliments via une exposition cutanée à ces allergènes, alors même qu’une consommation précoce elle, induirait une tolérance orale. Bien que des explorations confirment l'existence de déséquilibres qualitatifs et quantitatifs de la flore intestinale chez des enfants allergiques par rapport à des enfants sains, les corrélations entre des taxons bactériens spécifiques et l’allergie restent délicates à établir.

Une fenêtre d’opportunité à ne pas manquer !

Alors que l’enfant naît avec un tube digestif considéré comme stérile, celui-ci est rapidement colonisé par des bifidobactéries durant la lactation, puis par un microbiote de type adulte (à dominance Firmicutes et Bacteroidetes) lors de l’introduction de l’alimentation solide. Cette dernière étape semble la plus délicate et la plus adaptée pour des approches interventionnelles thérapeutiques de l’allergie. Cependant, tous les types d’allergie alimentaire n’auraient pas la même fenêtre thérapeutique ce qui constituerait une difficulté supplémentaire. 

Quelles perspectives ?1

Des expérimentations en cours évaluent l’utilisation de probiotiques (micro-organismes bénéfiques pour la santé), de prébiotiques (oligosaccharides alimentaires non digestibles stimulant la croissance de bactéries intestinales commensales protectrices). Ceux-ci sont testés en association à un traitement d’immunothérapie allergénique (AIT) qui reste le seul traitement immunomodulateur disponible à ce jour. Ils pourraient contribuer à amplifier et à maintenir l’effet protecteur de l’AIT. Reste cependant à attendre les résultats d’études précliniques et cliniques pour apporter des preuves conséquentes et mieux comprendre les mécanismes d’action.