Faisabilité de la révision de la prescription neuroleptique en gériatrie


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une étude multicentrique parisienne a comparé la révision de la prescription neuroleptique à son maintien chez des sujets âgés hospitalisés : à J8, le groupe ayant bénéficié d’une diminution ou d’un arrêt de la prescription présentait une réduction significative de la sévérité des troubles du comportement par rapport aux autres patients, une fois les données ajustées sur la sévérité initiale de ces manifestations. L’appréciation subjective de l’équipe médicale et paramédicale confirmait ce résultat.

  • La répartition des patients dans les deux groupes n’était pas randomisée (éthiquement inacceptable) mais décidée selon le profil du patient : il est donc possible que l’arrêt ait été décidé pour des sujets dont la clinique s’améliorait. Par ailleurs, les motifs fréquents de révision (intolérance, absence d’indication) expliquent certainement une partie de ces résultats. Pour autant, cette étude multicentrique montre qu’en pratique, conformément aux recommandations de la HAS, bon nombre de traitements neuroleptiques pourraient être stoppés ou réduits sans risque, a minima à court terme.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Si la HAS préconise la révision régulière des traitements neuroleptiques chez les sujets âgés, il existe une crainte de récidive ou d’aggravation des troubles du comportement. Les résultats des travaux menés chez des personnes souffrant de pathologies neurodégénératives étant discordants, cinq établissements du groupe hospitalo-universitaire Paris Nord Val-de-Seine ont souhaité conduire cette étude.

Méthodologie

L’étude a inclus des patients de plus de 70 ans hospitalisés en gériatrie, présentant des troubles du comportement et traités par neuroleptiques. Les troubles étaient identifiés et cotés selon l’échelle NPI-ES (inventaire neuropsychiatrique – équipe soignante) établie à partir de 12 manifestations (idées délirantes, hallucinations, agitation ou agressivité, dépression, ...) qualifiées en termes de fréquence et de sévérité (score de 0 à 144). À J0, le médecin décidait ou non de la révision du traitement, conduisant à former 2 groupes de patients. Leurs données à J8 étaient comparées à celles relevées à l’inclusion : score NPI-ES et impression clinique globale des troubles (de -3 « très fortement améliorés » à +3 « très fortement aggravés ») déterminée par le médecin d’une part et par l’équipe soignante d’autre part.

Principaux résultats

  • Les équipes ont inclus un total de 78 patients (moyenne d’âge 81,6 ans, 65,4% de femmes, 84,6% de démence), dont 38 ont bénéficié d’une révision de leur traitement (groupe traitement modifié). Le MMSE moyen était de 11/30 et le NPI-ES moyen à J0 était de 26,06. Les neuroleptiques prescrits étaient de deuxième génération dans 73,6% des cas.

  • Dans le groupe traitement modifié, l’intolérance (28,9%) puis l’absence d’indication (23,7%) constituaient les deux principaux motifs de révision. Dans ce groupe, le NPI-ES moyen initial était de 21,47, inférieur au groupe traitement inchangé (30,44, p=0,046), et l’ancienneté du traitement était moins élevée (initié depuis moins de 1 mois pour 12,8% d’entre eux, contre 2,5% dans le groupe traitement inchangé, p=0,04).

  • À J8, le score NPI-ES avait diminué de 9,74 dans le groupe traitement modifié et de 4,60 dans l’autre groupe, sans différence significative entre les deux. Après ajustement sur le score initial, la différence entre les deux groupes était significative (−0,34 vs −0,13, p = 0,003).

  • Entre J0 et J8, l’évolution de l’ICG déclarée par les médecins et par les soignants dans les deux groupes suggérait aussi une amélioration supérieure pour le groupe traitement modifié.

Principales limitations

  • La longue demi-vie de certains neuroleptiques a pu masquer l’effet rebond de l’arrêt de certains neuroleptiques au cours du suivi.

  • Les traitements potentiellement prescrits en alternative aux neuroleptiques n’ont pas été pris en considération.