Faire des études pour ne pas faire d'infarctus ?

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De nombreux travaux ont montré que la longueur du temps passé dans le système éducatif est corrélé positivement à la diminution du risque de maladie coronarienne. Mais beaucoup de facteurs peuvent rendre compte de ce lien, par exemple, le statut socioéconomique. Une équipe internationale a utilisé la méthode de randomisation mendélienne pour tenter d'y voir plus clair.

Pour cela, elle a identifié 162 variants génétiques associés à la longueur des études dans 65 publications. Puis elle a examiné si ces variants étaient aussi associés avec une diminution du risque de maladie coronarienne (mortelle ou non) en comparant 63 746 cas de maladie coronarienne avec 130 681 cas contrôles dans un groupe d'essais différent. Résultat : une augmentation de la longueur des études de 3,6 ans était associée à une diminution d'un tiers du risque de maladie coronarienne (odds ratio 0,67 [IC 95% : 0,59-0,77], p=3.10-8).

Cette diminution est en partie médiée par trois facteurs bien connus : tabagisme, index de masse corporelle et profil lipidique. Mais les facteurs génétiques associés au risque de maladie coronarienne ne sont pas associés à la longueur des études, éliminant donc l'hypothèse d'une causalité inverse (selon laquelle les facteurs prédisposant à la maladie coronarienne conduisent également à une durée plus courte des études).

Cela signifie-t-il que l'augmentation de la longueur des études de 3,6 ans suffirait à réduire d'un tiers l'incidence des maladies coronariennes ? Pour répondre à cette question, deux éditorialistes du BMJ, J Brent Richards et David M Evans, proposent d'examiner les trois hypothèses à l'origine de la randomisation mendélienne qui fonde la corrélation trouvée.

Les deux premières ont eu leur solidité confirmée par des études antérieures : 1) les variants génétiques identifiés sont corrélés au facteur de risque examiné (longueur des études) ; 2) le résultat (diminution du risque de maladie coronarienne) ne s'explique que par cette corrélation.

Reste la troisième : les variants génétiques ne sont pas associés à des facteurs de confusion. Par exemple, ils ne sont pas associés aux performances cognitives, à la maîtrise de soi ou à la capacité à s'organiser. Si c'était le cas, le résultat pourrait s'expliquer aussi bien par ces facteurs que par la longueur des études. Pour les éditorialistes, ce cas de figure est assez improbable, en raison du nombre élevé de variants identifiés : il est peu vraisemblable que tous agissent au travers de ces facteurs de confusion.

Plusieurs études observationnelles renforcent la validité du lien entre longueur des études et risque de maladie coronarienne. Ainsi, la Suède a augmenté d'un an cette longueur entre 1949 et 1962, mais progressivement, région par région. Il a été montré que cette augmentation réduisait la mortalité toutes causes confondues après l'âge de 40 ans, cependant pas dans la proportion qui serait attendue d'après les résultats de l'étude examinée ici. Pour les éditorialistes du BMJ, cela n'enlève rien à la solidité de ces conclusions, d'autant que les tests de sensitivité se sont révélés fortement positifs. Surtout, ils confirment l'intérêt de la randomisation mendélienne, qui va prendre une place de plus en plus importante dans les années à venir (en effet, elle remplace la randomisation classique en utilisant la distribution aléatoire des allèles d’un ou plusieurs gènes associés au facteur à étudier).