Faible recours à la vaccination anti-HPV : en partie attribuable au médecin ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

S’ils ont un rôle clé dans la prévention, les médecins apparaissent influencés par la défiance de la population française envers la vaccination. En retardant ou en évitant d’aborder le sujet, notamment parce qu’il est étroitement lié aux questions de sexualité, ils deviennent des instruments involontaires des discours anti-vaccination. Il existerait un véritable besoin chez les praticiens de disposer d’une meilleure information, non biaisée .

Pourquoi est-ce important ?

La France occupe une position inédite au niveau international, avec un taux de vaccination contre HPV inférieur à 15%, contre 40 à 85% dans une soixantaine d’autres pays. Des éléments d’explication ont été avancés par ailleurs – coût, rapport bénéfice-risque, craintes envers les vaccins, réticences culturelles ou sociales…. Mais peu d’éléments sont disponibles pour décrire l’influence de la relation médecin-patient sur le recours à la vaccination HPV.

Cette analyse propose de mieux détailler la question à travers l’analyse qualitative du discours des praticiens.

Principaux résultats

  • Les médecins estiment insuffisantes l’existence et l’accès à des informations non biaisées sur le HPV, qu’elles soient destinées au grand public ou à la communauté médicale. Le rapide enregistrement du vaccin, qui a précédé l’information sur les risques oncogènes du HPV, et les modifications du schéma vaccinal sont autant de points qui troublent les médecins. Ils indiquaient ainsi ne pas mentionner systématiquement la vaccination lors des consultations, notamment par manque de temps.

  • La question de la sexualité rendrait la démarche délicate : les médecins reconnaissent que la sexualité reste tabou en France, et les généralistes participants indiquent ne pas être formés pour évoquer la question avec leurs jeunes patientes. Proposer la vaccination serait perçu comme un facteur accélérant l’entrée dans une vie sexuelle active. L’amalgame fréquent entre l’évocation de la vaccination et la sexualité rend le dialogue complexe avec les adolescentes comme avec leurs parents et explique les réticences à évoquer le traitement préventif avant que les parents ne soient demandeurs.

  • Concernant la vaccination en elle-même, les médecins rapportaient que la nature obligatoire ou non des vaccins rendait le débat compliqué, a fortiori dans un climat de défiance exacerbée envers la vaccination. Les parents, eux, étaient aussi en situation de dilemme, entre la crainte d’effets secondaires et le souhait de protéger leurs enfants. La qualité des relations médecin- patient et la recommandation claire du praticien concernant la vaccination sont perçues comme des éléments déterminants pour favoriser le recours à la prévention vaccinale anti-HPV. Or, certains disent se positionner contre le vaccin anti-HPV, tandis que d’autres indiquent juste ne pas le proposer.

Méthodologie

L’étude transversale, observationnelle ayant consisté à recruter 16 médecins (généralistes, gynécologues, pédiatres, internistes) dont la répartition et le profil ont été sélectionnés pour être représentatifs des praticiens impliqués dans cette vaccination HPV.

Limitations

Cette étude permet d’identifier des éléments explicatif de la situation française, mais elle n’a pas pour vocation d’être généralisée à l’ensemble des praticiens. Le recrutement d’autres spécialités aurait pu apporter quelques enseignements supplémentaires.