Facteurs de risque d’infertilité masculine : l’impact de l’obésité et du mode de vie

  • Lamothe L et al.
  • Annales d’Endocrinologie
  • 20 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Dans la dégradation de la qualité du sperme observée depuis plusieurs dizaines d’années, l’obésité et les modes de vie jouent aussi un rôle important. L’obésité agit à différents niveaux sur la fertilité. D’abord au niveau central, notamment du fait d’une élévation des taux de leptine qui aboutissent à une diminution de la sécrétion hypothalamique de gonadolibérine. Mais aussi par un effet périphérique direct passant par une hyperoestrogénie, une augmentation de la température scrotale, ou encore un impact direct de la leptine sur la production de testostérone testiculaire.

Des phénomènes à observer de près car dans plusieurs études et méta-analyses récentes, la qualité du sperme apparaît comme un bon indicateur de santé et elle est associée à des taux de mortalité plus bas.

Pourquoi est-ce important ?

Les données de la littérature indiquent une dégradation de la qualité du sperme depuis une quarantaine d’années. Les causes en sont multiples et non identifiées dans un grand nombre de cas. Dans un précédent article, nous faisions état des facteurs de risque d’infertilité masculine, en découvrant le rôle de l’épigénétique sous l’effet de l’environnement. Cette même revue de la littérature indique que le poids a un impact non négligeable sur la fonction de reproduction et sur la qualité du sperme. Or, l’obésité concerne aujourd’hui environ 15% de la population adulte française et plusieurs études épidémiologiques et méta-analyses ont observé une relation dose-effet en IMC et hypofertilité masculine (oligo- ou d’azoospermie), même si des controverses persistent.

L’Impact hormonal lié à l’obésité

Cette diminution de la fertilité chez les hommes obèses serait liée à des variations hormonales à l’origine d’un hypogonadisme central ou périphérique.

L’hypogonadisme central impliquerait une diminution de l’activité des neurones Kiss situés dans l’hypothalamus qui sont sensibles au statut métabolique et de puissants stimulateurs des neurones à GnRH (gonadolibérine) en situation de jeûne ou de dénutrition.

La leptine, impliquée dans le lien entre l’axe gonadotrope et le statut énergétique, est sécrétée à un niveau élevé chez les sujets obèses. Et il est probable que les neurones Kiss deviennent insensibles à celle-ci chez ces sujets, ce qui entraînerait une réduction de la sécrétion de GnRH. La leptine agirait également à d’autres niveaux sur la sécrétion de GnRH.

Au niveau périphérique, l’hyperoestrogénie présente chez les sujets obèses a également des effets néfastes directs et dose-dépendants sur la spermatogenèse. Et la leptine serait aussi à l’origine d’une diminution de la sécrétion intra-testiculaire de testostérone.

Le rôle de l’environnement et du mode de vie

Plusieurs études ont montré que des toxines et perturbateurs endocriniens issus de l’environnement Impactent la fertilité masculine. Ces substances s’accumulant dans le tissu adipeux, l’exposition est forcément augmentée des sujets obèses. 

Autre facteur incriminé, la sédentarité (

Enfin, l’inflammation semble également impacter la spermatogenèse chez les patients obèses. Les taux d’IL-6, une cytokine pro-inflammatoire sécrétée par le tissu adipeux et les macrophages, sont significativement plus élevés chez les hommes obèses. Il a été montré chez l’animal que des doses élevées d’IL-6 diminuent la différenciation des spermatogonies et altèrent la qualité du sperme, même si cela reste encore à démontrer chez l’homme.

Par ailleurs de récentes études et une méta-analyse portant sur plus de 40.000 hommes ayant consulté pour infertilité ont observé une association entre qualité du sperme et longévité.