Facteurs de gravité du COVID-19 : ce que nous apprennent les données chinoises

  • Wu C & al.
  • JAMA Intern Med
  • 13 mars 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude de cohorte rétrospective chinoise ayant étudié les caractéristiques de patients hospitalisés pour une pneumonie Covid-19 confirmée, l’âge avancé serait le facteur de risque prépondérant d’évolution vers un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) et le décès, probablement en raison d’une réponse immunitaire affaiblie. 
  • D’autres facteurs ont été identifiés comme une neutrophilie, des dysfonctions d’organes ou des troubles de la coagulation.
  • Le traitement par méthylprednisolone pourrait apporter un bénéfice en cas de SDRA. Des résultats à considérer avec prudence au regard de risque de biais et de facteurs confondants.

 

Même si la plupart des patients atteints de Covid-19 ont une évolution spontanée favorable, les cas graves sont préoccupants. Ils se présentent avec une dyspnée et une hypoxémie survenant une semaine environ après la survenue des premiers symptômes et peuvent évoluer rapidement vers un syndrome de détresse respiratoire aigu, puis vers une défaillance multi-organique à l’origine de décès. Cependant, les facteurs de risque associés à cette évolution défavorable restent encore mal définis. Une étude dont les résultats viennent d’être publiés par le JAMA Internal Medicine s’est attachée à décrire les caractéristiques cliniques des patients hospitalisés pour une pneumonie Covid-19 en fonction de leur évolution ou non vers un SDRA ou un décès.

Des comorbidités présentes chez un tiers des patients hospitalisés

Réalisée de façon rétrospective, cette étude observationnelle a inclus 201 patients hospitalisés à Wuhan pour une pneumonie Covid-19 confirmée entre le 25 décembre 2019 et le 26 janvier 2020. L’âge médian était de 51 ans. Parmi les caractéristiques des patients, elle a recherché les facteurs associés à un risque plus élevé d’évolution vers un SDRA ou un décès. Sur les 201 sujets hospitalisés, les symptômes les plus fréquemment rapportés étaient la fièvre (93,5%), la toux (81,1%), toux productive (41,3%), dyspnée (39,8%), fatigue ou myalgie (32,3%), la grande majorité des patients présentant à la fois fièvre et toux (76,6%). Des infiltrats pulmonaires bilatéraux étaient présents à la radio chez tous les patients, bilatéraux pour la plupart (95,0%), près des trois quarts (73,6%) avaient une surinfection bactérienne ou fongique, et 32,8% avaient des comorbidités.

Des facteurs de risque plus fréquents chez les sujets ayant développé un SDRA

La grande majorité des sujets admis à l’hôpital (82,1%) a nécessité un apport d’oxygène. Près de 42% ont développé un SDRA et 21,9%, soit plus de la moitié d’entre eux, sont décédés. La comparaison des patients ayant développé un SDRA à ceux n’en ayant pas développé montre que ce risque concernait davantage les patients plus âgés (≥65 ans), avec une fièvre élevée (≥39°C), une dyspnée à l’admission et présentant des comorbidités telles que l’hypertension ou le diabète. Parmi les patients SDRA, ceux ayant évolué vers un décès étaient plus âgés que ceux ayant survécu, présentaient moins souvent une fièvre élevée, et étaient plus souvent atteints d’hypertension.

Plusieurs marqueurs biologiques associés au risque de SDRA et de décès

En analyse bivariée, les facteurs de risque associés au développement d’un SDRA et à une évolution du SDRA vers le décès incluaient : un âge plus avancé (risque multiplié par plus de 3), des taux de polynucléaires neutrophiles, des marqueurs de défaillance d’organe (bilirubine totale, urée), de l’inflammation (IL-6) et des troubles de la coagulation (D-dimères) plus élevés.

Par ailleurs, une fièvre plus importante était associée à un plus grand risque de développer un SDRA, mais aussi à une évolution plus favorable par la suite. Et parmi les patients ayant développé un SDRA, ceux qui avaient reçu de la méthylprednisolone mourraient moins fréquemment que ceux qui n’en avaient pas reçu (46% vs 61,8%, HR 0,38 [0,20-0,72]).