Existe-t-il vraiment une association entre consommation d’alcool et risque de démence à long terme ?

  • Sabia S & al.
  • BMJ
  • 1 août 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats d’une étude de grande envergure ayant évalué la consommation d’alcool au cours du temps (23 ans) et le risque de démence, montrent que ce dernier augmenterait chez les sujets qui ne consommeraient jamais d’alcool ou qui consommeraient plus de 14 unités d'alcool/semaine au milieu de leur vie d’adulte (vers l'âge de 50 ans). Une consommation modérée d’alcool serait associée au plus faible risque de démence. Ainsi, l’association entre la consommation d’alcool et le risque de démence pourrait suivre une courbe en J ou en U. Une hospitalisation pour alcoolisme chronique multiplierait par 4 le risque de démence chez ces sujets.

Pourquoi est-ce intéressant ?

Contrairement à la plupart des études sur le sujet, celle-ci a évalué l’impact de la consommation d’alcool au cours de la vie sur le risque de démence plus tardivement (et non uniquement l'impact de la consommation d’alcool à un âge avancé). C'est intéressant puisque les changements neuropathologiques peuvent intervenir sur des années, voire des décennies. Par ailleurs, les mesures ont été répétées pour limiter les risques d’erreurs. Enfin, compte tenu de la forte augmentation des démences et en l’absence de traitements efficaces, il est important d’en comprendre au mieux les déterminants. 

Méthodologie

Étude prospective portant sur 9.037 individus de la cohorte Whitehall II, âgés entre 35 et 55 ans ayant été inclus dans l’étude en 1985/88. La consommation d’alcool a été mesurée durant huit périodes différentes entre 1985 et 2016. L’âge moyen des participants était de 50,3 ans. Les consommations d'alcool étaient converties en équivalent de verres d’alcool puis en unités/semaine. Les sujets ont été classés comme abstinents, comme consommateurs de 1 à 14 unités/semaine, ou comme consommateurs de plus de 14 unités/semaine.  Les analyses portant sur les trajectoires de consommation d’alcool au cours de 17 ans de vie ont été réalisées à partir de cinq mesures. Le questionnaire CAGE évaluant la dépendance à l’alcool a été soumis aux participants en 1991-1993, et l’admission hospitalière pour alcoolisme chronique a été suivie entre 1991 et 2017.

Principaux résultats

Au total, 397 cas de démence ont été notifiés durant le suivi moyen de 23,2 ans. L’âge moyen au diagnostic de démence était de 75,6 ans (±5,8 ans). Les sujets qui déclaraient consommer entre 1 et 14 unités/semaine s’orientaient plus souvent vers du vin et ceux consommant plus de 14 unités/semaines, plutôt vers la bière.

Par rapport à ceux qui consommaient entre 1 et 14 unités/semaine, les sujets qui déclaraient être abstinents avaient un plus fort risque de démence (hazard ratio ajusté aux données démographiques (HRa) 1,47 [1,15-1,89]).

En revanche, pour ceux qui avaient une forte consommation d’alcool (>14 unités/semaine), l’augmentation de 7 unités était associée à une augmentation du risque de démence de 17% [4%-32%].

Un score CAGE >2 ou l’hospitalisation pour alcoolisme chronique étaient également associés à un plus fort risque de démence (respectivement HRa 2,19 [1,29-3,71] et 4,28 [2,72-6,73]).

Cinq trajectoires de consommation d’alcool ont été identifiées : abstinence sur le long terme (9% des participants), diminution de la consommation d’alcool (6%), consommation de 1-14 unités/semaine sur le long terme (59%), augmentation de la consommation sur le long terme (11%) et consommation >14 unités/semaines sur le long terme (14%). Par rapport à une tendance à une consommation sur le long terme de 1 à 14 unités/semaine, une tendance à l’abstinence, à la diminution de la consommation d’alcool ou à une consommation de plus de 14 unités/semaine, était associée à une augmentation du risque de démence respectivement de 74% (HRa 1,74 [1,31-2,30]), 55% (HRa 1,55 [1,08-2,22]) et 40% (HRa 1,40 [1,02-1,93]). Des associations qui persistaient après ajustement aux habitudes de vie (tabagisme, activité physique, consommation de fruits et de légumes).

Des analyses complémentaires ont montré que l’excès de risque de démence en cas d’abstinence pouvait être partiellement expliqué par une maladie cardiométabolique sous-jacente, ce qui montre la difficulté de ces évaluations. 

Principales limitations

Étude observationnelle basée sur des auto-évaluations de consommation d’alcool.

Des facteurs confondant peuvent persister.