Existe-t-il vraiment un lien entre stress aigu et risque d’événement cardiaque ?

  • Song H & al.
  • BMJ
  • 10 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats d’une étude menée chez des individus exposés à un stress aigu cliniquement confirmé montrent que ces derniers développeraient plus fréquemment des événements cardiovasculaires aigus par rapport à des sujets appariés sur le sexe et l’âge ou à leurs frères et sœurs non exposés à un stress aigu. Cette relation est particulièrement forte pour les événements cardiovasculaires survenant avant 50 ans. Ce surrisque serait indépendant du sexe, des antécédents de maladies psychiatriques ou somatiques et des antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires. Le risque relatif d’événement cardiovasculaire aigu et sévère (arrêt cardiaque) serait particulièrement important les 6 premiers mois après l’exposition à un stress aigu et le surrisque d’autres événements cardiovasculaires resterait augmenté durant la première année. Ces résultats suggèrent qu’il conviendrait de mettre en place une surveillance cardiaque particulière chez les sujets post-stress aigu durant la première année.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Des données de la littérature montrent que les situations de stress aigu peuvent augmenter le risque de maladies notamment les maladies cardiovasculaires, d’infections, de maladies auto-immunes ainsi que le risque de mortalité. Cependant, la plupart des études ont été menées chez des hommes (vétérans ou militaires professionnels en activité) et ont fait un focus sur le syndrome du stress post-traumatique. Cette étude englobe d'autres profils et présente l’intérêt par son design (évaluation de fratries) de tenir compte d’éventuels facteurs génétiques ou environnementaux prédisposants.

Méthodologie

Cette étude porte sur 156.537 individus suédois ayant reçu un premier diagnostic de troubles liés au stress entre le 1er janvier 1987 et le 31 décembre 2013. Ces individus ont été appariés en fonction du sexe et de l’année de naissance à des sujets non exposés à un stress aigu (n=1.366.370). Afin de contrôler les facteurs confondants familiaux et génétiques des fratries ont été identifiées à partir de ces populations. Au total, les analyses ont porté sur 106.180 individus de la cohorte exposée au stress aigu et 171.314 individus issus d’une fratrie (correspondant à 4.332 familles ayant au moins un cas de trouble lié au stress).

Principaux résultats

La durée médiane de suivi était de 6,2, 6,9 et 6,5 ans chez les sujets exposés à un stress aigu, les individus non exposés appartenant à une fratrie dont un membre avait été exposé à un trouble lié au stress, et les sujets non exposés ayant été appariés sur le sexe et l’année de naissance. L’âge moyen de la population était de 36 ans. La plupart des individus exposés à un trouble lié au stress était des femmes (63%). Les antécédents de troubles psychiatriques étaient plus fréquents chez les sujets qui avaient été exposés à un stress aigu (34-35%) que chez les frères et sœurs ou les sujets appariés non exposés (12% et 8%).

  • Un pic de maladie cardiovasculaire était constaté dans les 6 mois post stress et la magnitude globale tendait à rester constante à un an avec un surrisque d’environ 30% chez les sujets exposés à un stress par rapport à la fratrie ou à la population appariée.
  • Au cours des 27 années de suivi, l’incidence brute de maladie cardiovasculaire était de 10,5, 8,4 et 6,9/1.000 personnes-années respectivement pour les sujets exposés au stress, les frères et sœurs non exposés au stress et les sujets appariés non exposés au stress.
  • Durant la première année post stress, le risque d’événement cardiovasculaire était augmenté de 64% chez les sujets exposés à un stress versus leur frère ou soeur (hazard ratio (HR) 1,64 [1,45-1,84]), et l’insuffisance cardiaque constituait le risque le plus élevé (HR 6,95 [1,88-25,68]).
  • Les troubles cardiovasculaires liés au stress étaient significativement plus fréquemment associés aux maladies cardiovasculaires survenant avant l’âge de 50 ans (HR 1,40) qu’après (HR 1,24), p=0,002.

Principales limitations

Le manque de données provenant de soins primaires n’a pas permis d’identifier les formes mineures de stress ou de maladies cardiovasculaires. L’étude s’est déroulée sur une longue période, au cours de laquelle les critères diagnostiques des troubles du stress ont évolué.