Exercice physique précoce et multimodal pour limiter la perte fonctionnelle liée à l’hospitalisation

  • Martínez-Velilla N & al.
  • JAMA Intern Med
  • 12 nov. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Un programme d’exercices physiques court (5 jours) et individualisé, mis en œuvre dans les 48h suivant l’admission et incluant des exercices de résistance, d’équilibre et de marche d’intensité modérée, s’est montré efficace pour prévenir le déclin fonctionnel associé à une hospitalisation en soins aigus chez des octo- et nonagénaires. Un bénéfice a pu être observé dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle, avec une amélioration significative de l’indépendance fonctionnelle, mais aussi des fonctions cognitives et de la qualité de vie. Ces résultats suggèrent que des stimulations physiques multiples (en plus de la marche) sont nécessaires pour éviter la perte fonctionnelle liée à une hospitalisation chez les sujets très âgés.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Un déclin fonctionnel peut intervenir de façon très rapide chez les sujets âgés hospitalisés en unités de soins aigus, en particulier chez les plus fragiles. Plus de la moitié d’entre eux ne retrouvent pas les capacités fonctionnelles qu’ils avaient avant l’hospitalisation et doivent bénéficier d’une prise en charge à domicile ou d’une institutionnalisation. Le séjour en position allongée augmente aussi le risque de déclin cognitif et de démence. Étant donnée la croissance démographique attendue de la population âgée dans les années à venir, des solutions sont activement recherchées pour prévenir ce déclin fonctionnel et cognitif. Dans cet objectif, une équipe de l’université publique de Navarre (Espagne) a évalué l’effet de l’introduction précoce d’exercices physiques multimodaux durant le séjour hospitalier chez des octo- et nonagénaires admis en service de soins aigus.

Conception de l’étude

Cet essai a été mené au sein de l’hôpital de Pampelune entre février 2015 et août 2017. Après évaluation de la réserve cognitive et fonctionnelle par un gériatre, les patients étaient randomisés dans les 48h suivant leur hospitalisation pour bénéficier d’une intervention comprenant des exercices individualisés de résistance, d’équilibre et de reprise de la marche d’intensité modérée, à raison de 2 séances de 20 minutes par jour durant 5 à 7 jours, ou bien des soins usuels pouvant inclure une réhabilitation physique si nécessaire.

La capacité fonctionnelle (fonctionnement indépendant et mobilité dans les activités de la vie quotidienne) jusqu’à la sortie était évaluée par l’indice de Barthel et le Short Physical Performance Battery (SPPB, vitesse de marche, test d'équilibre et test de lever de chaise).

Résultats

  • 370 patients hospitalisés en unité de soins aigus ont été inclus dans l’analyse. L’âge moyen était de 87,3 ans et la durée moyenne de séjour de 8 jours. Chaque sujet du groupe intervention a eu en moyenne 5 séances le matin et 4 le soir durant 5 jours, sans qu’aucun effet indésirable n’ait été rapporté. Un haut niveau d’adhésion au programme a été relevé (95,8%).
  • L’intervention a montré un effet significatif sur les capacités fonctionnelles et s’est traduit par une augmentation moyenne de 2,2  points [1,7-2,6] sur l’échelle SPPB et de 6,9 points [4,4-9,5] pour l’indice de Barthel par rapport au groupe soins usuels. Alors que dans celui-ci, les capacités fonctionnelles se sont dégradées durant le séjour hospitalier (réduction de l’indice de Barthel de -5,0 points [-6,8 à -3,2] entre l’inclusion et la sortie), l’intervention a inversé cette tendance (+1,9 point [0,2 à 3,7]). Un bénéfice confirmé par le score SPPB, qui a été augmenté de 2,4 points [2,1-2,7] dans le groupe intervention contre seulement 0,2 point [-0,1 à 0,5] dans le groupe contrôle.
  • Une amélioration significative du statut cognitif (Mini Mental State Examination), des symptômes dépressifs (Geriatric Depression Scale), de la qualité de vie (échelle visuelle analogique du EQ-5D) et de la force de préhension, a également été observée dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle.

Limitation

L’évolution des capacités fonctionnelles n’a pu être évaluée chez plusieurs patients en raison d’un état de santé dégradé, ce qui ne permet pas d’étendre ces résultats aux patients les plus fragiles. Par ailleurs, les données fonctionnelles et cognitives d’avant survenue de la pathologie aiguë n’étaient pas connues.