Excès de mortalité lié à la pandémie : la France mauvaise élève ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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L’impact de la pandémie de COVID-19 sur la mortalité ne se limite pas aux décès liés à l’infection. Son effet délétère sur le système de santé (opérations ou traitements repoussés…) et son rôle dans l’aggravation de facteurs économiques et sociaux ont également favorisé des décès par d’autres maladies. C’est pourquoi une étude internationale, qui vient d’être publiée dans la revue Nature Medicine , a analysé les données de décès hebdomadaires, toutes causes confondues, de 21 pays* industrialisés de plus de 4 millions d’habitants entre mi-février et fin mai 2020. Différents modèles statistiques ont alors été utilisés pour estimer le nombre de décès qui auraient dû se produire dans ces pays en l’absence de pandémie, afin de le comparer au nombre réel de décès. D’après le Dr Vasilis Kontis, premier auteur de cette étude, « l’étude des seuls décès par COVID-19 est trop limitée ; l’étude des décès toutes causes confondues nous permet de mieux comprendre la façon dont les pays ont géré la pandémie et dont ils ont pris soin de la santé de leur population pendant les mesures de confinement. »

La France 8 ème sur 21

D’après les résultats de cette étude, la France se place au 8 ème rang parmi les 21 pays industrialisés étudiés, en termes de taux de mortalité toutes causes confondues, y compris du COVID-19, suite à la première vague de la pandémie. Elle se trouve ainsi derrière l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Ecosse, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède, mais devant le Portugal, la Suisse et l’Autriche.

Au total, il a été observé une augmentation de 18% des décès entre mi-février et la fin du mois de mai dans ces 21 pays, ce qui représente 206.000 personnes. Pour comparaison, cette augmentation du nombre de décès en 3 mois et demi est à peu près équivalente au nombre total de décès dus au cancer du poumon en une année et représente plus du double des décès annuels liés au diabète ou au cancer du sein dans ces pays. L’Angleterre et le Pays de Galles regroupent 28 % des décès en excès de l’ensemble des pays, tandis que l’Italie en représente 24 %, l’Espagne 22 % et la France 11 %.

D’après le Dr Michel Guillot, co-auteur de l’étude, « la France se distingue également comme un pays dont le nombre de décès en excès a été plus faible que le nombre de décès COVID-19. Cela suggère qu’il n’y a pas eu de sous-enregistrement majeur des décès COVID-19 en France, mais également que la pandémie et la réponse en termes de politique de santé a sans doute généré une baisse des décès dus à d’autres causes ».

Quelles leçons tirer de ces résultats ?

On peut observer que, contrairement à la Nouvelle Zélande et au Danemark qui ont pu éviter une augmentation perceptible des décès, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et la France ont mis en place un confinement une fois la pandémie déjà bien avancée dans la population.

L’Angleterre et le Pays de Galles, ainsi que la Suède (seul pays qui n’a pas mis en place un confinement obligatoire), ont connu les durées les plus longues d’excès de mortalité.

D’après le Dr Jonathan Pearson-Stuttard, un autre co-auteur de cette étude, « les pays ayant mis en place des campagnes de test et de traçage des cas contacts efficaces et exhaustives au niveau local, ou ceux sans ces systèmes mais ayant mis en place des mesures de confinement précoces et efficaces, ont connu un bilan de mortalité inférieur pendant la première vague

On constate également que les pays qui ont connu le plus de décès en excès pendant cette période sont ceux qui ont moins investi dans leur système de santé (par exemple, moins de lits d’hôpital par habitant).  Ainsi, le Pr Majid Ezzati, auteur principal de l’étude, explique que « l’investissement à long terme dans les systèmes de santé nationaux est ce qui permet à un pays à la fois de répondre à la pandémie et de continuer à fournir les soins de routine courants dont les gens ont besoin ».

* 21 pays inclus dans l’étude : Angleterre et Pays de Galles, Australie, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Ecosse, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Italie, Nouvelle Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Slovaquie, Suède, Suisse et Tchéquie.