Évolution du dispositif d’annonce d’un cancer : comment mettre en place une relation authentique et sincère ? (partie 1)


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Le dispositif d’annonce formalisé a été l’une des grandes avancées du premier Plan cancer  2003-2007. Dix ans plus tard, celui-ci reste encore insuffisamment déployé, alors même qu’il constitue l’une des conditions de qualité pour qu’un établissement de santé soit autorisé à traiter le cancer. La restructuration du parcours de soins ville-hôpital nécessite l’intégration d’aménagements au dispositif initial afin de favoriser la circulation des informations entre les professionnels, et de permettre une coordination renforcée. Espérons que ce soit l’opportunité d’une meilleure appropriation du dispositif d’annonce du cancer par les professionnels.

 

Protocole bien établi en cinq temps

Selon ce protocole, le dispositif d’annonce doit être réalisé par des professionnels de santé formés à cette démarche. Il doit être adapté à chaque patient et basé sur une écoute active faisant appel à l’empathie afin de mieux connaître, cerner les craintes et questionnements du patient, intégrer ses vulnérabilités (notamment socio-économiques) et sa détresse psychologique, ainsi que celles de son entourage. Au besoin, une orientation vers une prise en charge adaptée devra être réalisée le plus précocement possible.

Une bonne coordination entre les acteurs de la ville et de l’hôpital passe par une traçabilité du contenu des consultations et le partage de l’information. La réduction du délai entre les différentes phases de l’annonce constitue une attention spécifique pour limiter l’angoisse du patient et de son entourage. 

Les propositions d’évolution du dispositif se base sur cinq temps :

  • Un temps d’annonce de la suspicion de cancer ;
  • Un temps d’annonce de la confirmation du diagnostic ;
  • Un temps dédié à la proposition thérapeutique - confondu ou non au précédent en fonction de la complexité de la situation ;
  • Un temps soignant paramédical d’accompagnement ;
  • Une consultation de synthèse par le médecin traitant.

Quelques fondamentaux de communication

Empathie et humanité favorisent l’instauration d’une relation de confiance offrant au patient un cadre attentif pour sortir du traumatisme de l’annonce. Le lieu (calme, assurant la confidentialité), la pleine disponibilité du médecin, le moment de l’annonce (de préférence pas la veille de week-end ou de jour férié, ni en fin de soirée pour ne pas laisser le patient seul avec sa détresse) sont des éléments importants dont il faut savoir tenir compte. Le patient sera encouragé à venir à la consultation d’annonce accompagné d’un proche ou d’une personne adaptée à sa situation, car face à la sidération que peut engendrer l’annonce, le patient n’a pas toujours la capacité d’intégrer les informations. Bien sûr, l’annonce en cancérologie pédiatrique requiert la présence d’au moins l’un des parents. Le soignant doit prendre soin de favoriser une relation simple et authentique en préparant l’annonce, en s’interrogeant notamment sur les messages qu’il souhaite transmettre, aux difficultés qu’il pressent et à son propre ressenti.

L’écoute active permettra au médecin de percevoir le ressenti du patient et ses besoins spécifiques d’informations. À partir de là, il pourra apporter une réponse adaptée à la singularité du patient. L’information doit être progressive, cohérente (ne rien dire qui ne soit vrai), adaptée aux singularités du patient, et elle doit présenter dès que possible les solutions et les ressources thérapeutiques. Le professionnel de santé doit comprendre qu’au moment de l’annonce, le temps ne s’écoule plus de la même façon pour lui et pour le patient. Donc inutile de trop en dire, car le traumatisme de l’annonce ne permettra pas au patient de tout entendre. Par ailleurs, si le patient souhaite être tenu dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic, le professionnel doit savoir le respecter. Adopter un ton bienveillant, une attitude corporelle neutre, un vocabulaire à la portée du patient, si possible positif, ou au moins neutre, en tout cas ouvrir vers un espoir réaliste sans banalisation afin de permettre au patient de se projeter. Pour éviter les incompréhensions, le médecin ne doit pas hésiter à reformuler. Et en fin de consultation, le médecin doit s’assurer de la compréhension des informations et des réponses apportées.

Les erreurs à éviter

Remettre ou adresser un résultat anormal à un patient sans temps d’annonce, réaliser une annonce par téléphone, mail, courrier sont des erreurs à éviter. Il en existe d’autres encore, comme le fait d’utiliser un langage trop technique, ou des propos ayant une connotation morbide ou mortifère.