Évaluer le catastrophisme avant la sévérité de l'atteinte rhumatologique

  • Berthelot JM & al.
  • Clin Exp Rheumatol
  • 4 janv. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Univadis Résumés Cliniques
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À retenir

  • Selon une étude française, les réactions de catastrophisme – mesurée via le score spécifique de Sullivan - seraient associées à la sévérité du score RAPID3, qui apporte une image de la sévérité de l'atteinte rapportée par le patient à travers son impact quotidien (capacités physiques, douleur, état de santé).

  • Il a été observé, de façon inattendue, que les patients placés en invalidité étaient ceux qui présentaient les scores RAPID3 les plus faibles, et qui étaient moins fréquemment considérés comme catastrophistes, par rapport à ceux qui travaillaient. Cette association n’est pas une preuve de lien de causalité, mais elle permet de soulever la question d’une possible influence des émotions sur les réponses liée au contexte professionnel. De nouveaux travaux seraient intéressants à mener sur le sujet.

  • L’étude a confirmé, de façon plus attendue, que certaines pathologies sont plus volontiers associées à des scores RAPID3 élevés, eux-mêmes corrélés avec les données des scores d’évaluation spécifique (DAS28, BASDAI, ASDAS… selon la pathologie), comme l’ont montré de nombreuses études préalables.

Méthodologie

Les questionnaires RAPID3, HAD, FABQ et Sullivan ont été soumis à tous les patients ayant consulté le service de rhumatologie adulte de l’Hôtel-Dieu de Nantes au cours d’un mois déterminé. D’autres questionnaires ont permis d’évaluer leur fatigue, la douleur quotidienne, les antécédents familiaux, la situation professionnelle… Chaque patient a été classé selon le principal motif rhumatologique de consultation rapporté par son médecin.

Résultats

  • Parmi les 738 personnes ayant consulté le service, 518 ont répondu aux questionnaires (âge moyen : 53,3 ans ;, 71% de femmes).

  • Les scores RAPID3 moyens étaient plus élevés chez les personnes présentant une arthrose des membres inférieurs (n=33, score moyen : 16,44), une fibromyalgie (n=10, score moyen : 15,52) une rachialgie (n=47, score moyen : 14,88), une arthrose des membres supérieurs (n=17, score moyen : 13,61) ou une tendinopathie (n=38, score moyen : 12,85). Le score était plus bas chez les sujets présentant une spondyloarthrite (n=135, 58% sous DMARD biologique, score moyen : 12,79), une polyarthrite rhumatoïde (n=127, 42% sous DMARD biologique, score moyen : 12,18), un syndrome canalaire (n=7 score moyen : 9,81), des troubles systémiques du tissu conjonctif (n=19, score moyen : 8,26) ou une ostéoporose sans fractures récentes (n=58, score moyen : 7,85).

  • Le score Sullivan moyen de catastrophisme (0-54) était de 18,5, avec 19% des participants considérés comme ‘catastrophistes’ (>30). RAPID3 apparaissait fortement corrélé au score de Sullivan (corrélation de Pearson : 0,675, p=0,000). Il était aussi plus élevé chez ceux qui ruminaient au sujet de leur douleur et chez ceux qui estimaient l’amplifier.

  • Parmi les 80 patients en invalidité ou en arrêt de travail, le score RAPID3 moyen était de 6,56, contre 13,36 chez les autres, tandis que le catastrophisme concernait 4% de ces patients, contre 23% parmi les autres (score moyen 10,3 versus 20,1).

Principales limitations

  • Les liens de causalité ne sont pas démontrés dans cette étude monocentrique. Par ailleurs, les patients ont été classés selon la principale pathologie rhumatologique estimée par le praticien, alors que les patients pouvaient en présenter plusieurs.
  • Chez ces derniers, un effet seuil pouvant compliquer l’interprétation du RAPID3 peut compliquer la distinction de chacune des composantes dans le score final.