Évaluer l’impact de deux perturbateurs endocriniens sur la santé reproductive masculine


  • Serge Cannasse
  • Univadis Actualités Médicales
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La toxicité des phtalates sur la fonction reproductive masculine après une exposition in utero ne fait guère de doute, reposant à la fois sur des arguments épidémiologiques et sur des données animales. Ainsi le DEHP – di(2-éthylexyl)phtalate – a été classé reprotoxique par le règlement européen CLP ( Classification, Labelling, Packaging – Classification et étiquetage des produits chimiques) et son usage a fortement diminué en quelques dizaines d’années. Il a été remplacé par d’autres phtalates, notamment le DinP (di-iso-nonyl phtalate). Cependant, celui-ci aussi aurait une certaine toxicité sur la fonction reproductive, pouvant engendrer des effets comparables : cryptorchidie, hypospadias, infertilité et cancer des testicules, parfois regroupés sous le terme de « syndrome de dysgénésie testiculaire » (SDT).

Un des arguments avancés pour le remplacement d’un phtalate par un autre est la diminution des coûts pour la société. Une équipe française a cherché à savoir ce qu’il en est vraiment, en comparant l’impact économique de l’utilisation du DEHP avec celle du DinP sur la fonction reproductive (à l’exception du cancer des testicules). Pour cela, ils ont utilisé une méthodologie originale,  tenant compte des coûts directs (traitement chirurgical ou médical de la pathologie provoquée), des coûts indirects (perte de jours de travail pour les parents ou le sujet concerné) et de ce qu’ils nomment « coûts intangibles », soit la douleur et les conséquences psychologiques de l’affection, estimées selon la méthode du consentement à payer.

Or les troubles du SDT ne peuvent pas être attribués aux seuls phtalates, ils sont plurifactoriels, comme toutes les affections dans lesquelles les perturbateurs endocriniens sont incriminés (d’où les controverses sur leurs responsabilités). En conséquence les auteurs ont fondé leur travail non seulement sur la prévalence de chacune des affections envisagées, mais aussi sur l’évaluation de la « part attribuable » de chacun des deux phtalates pour chacune d’elles et sur l’estimation des populations exposées à chaque phtalate, donc à risque.

Leurs calculs aboutissent à une estimation d’un coût de 9,4 millions d’euros par an pour le DEHP et de 6,1 millions pour le DinP. Il y a certes une différence importante, mais les auteurs estiment que le montant élevé des coûts liés au DinP posent « la question de l’intérêt d’un remplacement du DEHP » par celui-ci.

Ce problème n’est pas remis en cause par ce que les auteurs reconnaissent comme la faiblesse de leur étude : la détermination de la part attribuable à la molécule. Ainsi l’infertilité est estimée à partir du nombre d’hommes ayant une oligospermie. Or le risque d’infertilité qui lui est lié est inconnu, il est seulement estimé (risque relatif = 1,8). De même il n’existe que deux études récentes portant sur l’impact de l’exposition in utero au DEHP et DinP sur la fonction reproductive masculine ; deux rapportent une augmentation de l’incidence de la cryptorchidie, une seule une augmentation  de l’incidence de l’hypospadias, non significative. En conséquence, bien que les résultats de ce travail soient compatibles avec ceux d’autres études européennes, les auteurs conviennent que les estimations finales peuvent être très différentes dans certaines autres.

Ils concluent à la nécessité de la prudence quant au remplacement d’un composé chimique par un autre afin de « s’assurer que les bénéfices attendus de cette substitution en termes de réduction de l’impact sur la santé sont supérieurs aux coûts engendrés par la substitution. »