Évaluation régionale de l’effet du confinement au 11 mai


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon la modélisation réalisée par des chercheurs de l’Inria et de l’Inserm, la proportion de personnes infectées pourrait représenter, selon les régions, entre 2,0 et 5,9% de la population. Selon les différentes projections, un rebond pourrait avoir lieu entre juin et début août.

 

Une équipe bordelaise de chercheurs de l’Inria et de l’Inserm ont conduit une modélisation de l’épidémie de COVID-19 en France en utilisant un modèle statistique spécifique, permettant de prendre en considération la dimension régionale. Leurs résultats sont accessibles sur le site MedRxiv (non relues par les pairs, dont l’interprétation nécessite d’extrêmes précautions).

À partir des données de Santé Publique France, du réseau des services hospitaliers d’urgences SurSaUD et du réseau de médecins généralistes Sentinelles, les chercheurs ont pu établir pour chaque région le taux de reproduction avant confinement, la dynamique du taux d’infection et l’impact du confinement sur ces mesures. L’étude a été menée à partir d’un modèle statistique dynamique (SEIR: susceptible-exposed-infected-recovered ) qui prend en compte à la fois la population des personnes infectées ou celles non infectées, la mortalité naturelle et la natalité. Le modèle, qui suppose l'absence de mouvement de population, est divisé en 6 groupes, la population dite sensible, les cas latents, les cas infectés avérés, non avéré, les cas hospitalisés et le groupe des sujets qui ne sont plus à risque (guéris ou décédés).

Un confinement levé bien avant les durées les plus optimistes

En l’absence des mesures prises pour limiter la propagation du virus (confinement, mesures barrières, ….), le pic de l'épidémie aurait été atteint aux alentours du 3 mai 2020 en France, et se serait terminé à la fin du mois de mai de l’année suivante. À son pic, le COVID-19 aurait nécessité 714.259 hospitalisations simultanées. 

Les auteurs ont évalué plusieurs paramètres qualifiant l’efficacité du confinement : 

- Le confinement a permis de réduire le taux de transmission de la maladie d’un facteur 1,31 [1,27-1,35] au cours de la première semaine, puis de 3,63 [3,48-3,80] ensuite. 

- Estimé initialement à 2,6, Re, le taux de reproduction effectif (soit le Ro une fois les variations des taux de natalité et mortalité prises en compte ainsi que les mesures de lutte, la variation du nombre de personnes infectées/guéries/décédées) est passé à 2,0 durant la première semaine de confinement puis à 0,7 au 25 mars 2020. Sur le plan régional, Re est maximal en Centre Val de Loire et Nouvelle Aquitaine avant le confinement, ainsi qu’avant ou après le 25 mars (Re égal respectivement à 3,1, 2,4 et 0,9, identiques dans les deux régions). À l’inverse, Re est minimal en Bretagne et Hauts de France (Re égal respectivement à 2,2, 1,7 et 0,6 avant le confinement, avant et après le 25 mars, identiques dans les deux régions). 

- Au niveau national, selon que l’on considère que l’amplitude de la réduction de la transmission est égale à 3, 5 ou 10 dès la seconde semaine de transmission, la durée optimale de confinement devrait être de 407, 147 et 97 jours, respectivement. Au niveau national, le taux d’attaque final estimé au 15 mai 2020 devrait être de 3,8% [3,1-4,8%].

- Au niveau régional, la durée optimale de confinement pour le scénario le plus optimiste, est estimée entre 87 jours en Normandie et 114 jours en Ile de France et le taux d’attaque final de l’infection compris entre 1,0% de la population en Nouvelle Aquitaine et 3,4% dans le Grand Est. Pour le plus pessimiste, cette durée devrait théoriquement être comprise entre 228 jours en Bretagne et 848 jours en Nouvelle Aquitaine. Elle porterait à un taux d’attaque final compris entre 2,9% et 6,9% pour les régions les moins touchées et un taux voisin ou supérieur à 10% dans 4 régions (9,7% en Grand Est, 10,8% en Nouvelle Aquitaine, 11,5% en Ile de France et 16,0% en Centre Val de Loire).

- Le rebond de l’épidémie après une levée complète du confinement au 11 mai pourrait avoir lieu entre juin et début août pour la plupart des régions, avec une ampleur différente. Ce rebond dépend des caractéristiques de la première vague épidémique. Ces données suggèrent l’importance du maintien des mesures autres que le confinement une fois celui-ci levé.

Ce travail présente quelques limites, dont notamment le fait que le nombre initial de cas COVID-19 est uniquement celui qui correspond aux personnes testées par RT-PCR indiqué par Santé Publique France.

Exceptionnellement durant cette période de crise sanitaire, certaines publications mentionnées sont au moment de la rédaction de cet article encore en prépublication, en cours de relecture par les pairs et susceptibles d'être modifiées. Nous attirons votre attention pour apporter la plus grande prudence quant aux résultats apportés.