Evaluation des plaques d’athérome coronaires par angioscanner : ne pas changer d’appareil…

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités médicales
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L'angioscanner coronaire est réalisé après injection périphérique du produit de contraste. La résolution spatiale des images obtenues est très élevée depuis l'utilisation d'appareils à 256 barrettes (voire plus), au point qu'il est théoriquement possible d'évaluer le volume des plaques athéromateuses calcifiées ou non en recourant à des algorithmes souvent sophistiqués. L'intervention d'un opérateur humain est cependant nécessaire, notamment pour dessiner les régions d'intérêt dans les 3 dimensions, à partir desquelles le programme va calculer le volume de la plaque. Cette procédure comporte une part de subjectivité qui va retentir sur l'exactitude et la reproductibilité de la mesure, mais il ne faut pas négliger d'autres facteurs techniques susceptibles d'interférer avec cette dernière.

Ainsi, il est permis de se demander si le type de l'appareil ne peut pas entrer en ligne de compte, car chaque constructeur dispose d'une certaine marge de manœuvre pour optimiser les performances de sa machine, en termes de résolution spatiale et temporelle. Une étude étatsunienne prospective élaborée selon les principes du HIPAA (Health Insurance Portability and Accountability Act) a vérifié cette hypothèse techniquement plausible, dans le respect des recommandations encadrant l'évaluation standardisée de l'exactitude diagnostique.

Quarante sujets (âge moyen, 67 ± 6 ans) atteints d'une dyslipidémie asymptomatique, ont bénéficié d'un angioscanner coronaire basal au moyen d'une machine à 320 barrettes (Toshiba, Otawara, Japon). Le même examen a été répété 19 ± 6 jours après le premier, soit avec la même machine (n = 20) (groupe 1), soit avec un scanner techniquement proche mais de marque différente (Siemens, Forcheim, Allemagne) (n = 20) (groupe 2). Des coefficients de corrélation intraclasse (CCIC) et une analyse de Bland-Altman ont été utilisés pour évaluer la reproductibilité inter- et intra-opérateur, mais aussi entre les acquisitions séparées.

Une bonne concordance « inter observateur » mais pas inter machine

Les taux de concordance intra- et inter-opérateur se sont avérés très élevés, que les plaques athéromateuses étudiées soient calcifiées ou non : en effet, tous les CCIC ont été ≥ 0,96, sans le moindre biais, ceci pour chaque machine. Le coefficient de variation correspondant a été estimé à ±18,4 %, quand la mesure a été effectuée avec la machine du même constructeur. En revanche, ce coefficient a été estimé à ±29,9 % quand le suivi a fait appel à des machines de marque différente.

Sous un autre angle quantitatif, cette différence a une traduction statistique encore plus parlante : pour détecter en toute confiance une variation de 5 % du volume d'une plaque non calcifiée avec une puissance de 90 % et une erreur α de 0,05, il faut un effectif de 286 patients quand les examens sont répétés avec des machines provenant du même constructeur, versus 753 dans l'autre cas de figure.

En bref, si l'on se réfère à l'état de l'art, l'angioscanner coronaire permet d'évaluer le volume des plaques athéromateuses avec une excellente reproductibilité d'un examen à l'autre, quand les acquisitions sont faites avec des appareils propres à un constructeur donné. Les résultats sont moins bons quand les scanners sont de marque différente. Ces notions doivent être prises en compte dans l'évaluation de la réponse des plaques athéromateuses à un traitement donné, ce qui relève plus de la recherche thérapeutique que de la pratique courante.