Evaluation de l’intérêt des bisphosphonates chez les patients atteints de myélome multiple


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une revue Cochranemontre que la prise de bisphosphonates par des patients présentant un myélome multiple serait associée à une diminution du taux de fractures pathologiques et d’événements osseux et à de moindre douleurs par rapport à un placebo ou à l’absence de traitement. Le risque d’ostéonécrose de la mâchoire serait également diminué sous bisphosphonates chez les sujets souffrant de myélome. Les méta-analyses directes ne permettent pas à ce jour de mettre en évidence d’association entre la prise de bisphosphonates et la mortalité. Une méta-analyse en réseau suggère que le zolédronate serait associé à un plus faible risque de mortalité par rapport à un placebo ou à l’étidronate. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Il est toujours intéressant de bénéficier de méta-analyse directe et en réseau car elles permettent de prendre du recul sur un ensemble de données d’essais cliniques. Ces résultats sont cohérents avec les recommandations pratiques du National Comprehensive Cancer Networket de l’ESMOqui préconisent de traiter tous les patients atteints de myélome par bisphosphonates (avec un suivi des ostéonécroses de la mâchoire et de la fonction rénale) ou par dénosumab pour ceux qui souffrent d’insuffisance rénale.

Méthodologie

Revue systématique Cochrane ayant identifié 24 études (publiées entre 1982 et 2015) qui ont été incluses dans une méta-analyse directe et une méta-analyse en réseau, soit 7.293 patients (45% de femmes, âge moyen 63,5 ans).

Principaux résultats

Les sujets traités par bisphosphonates présentaient des taux de fractures vertébrales pathologiques plus faibles que les sujets sous placebo (24,5% vs 35%, soit un risque relatif de 0,74 [0,62-0,89]), ainsi que de plus faibles taux d’évènements osseux (29,5% vs 40%, RR 0,74 [0,63-0,88]etde pourcentage de patients douloureux (42% vs 54%, RR 0,75 [0,60-0,95]).

Une association est mise en évidence entre le zolédronate et un plus faible risque de fractures vertébrales et d’événements osseux par rapport au placebo (RR 0,42 [0,12-0,94] et RR 0,57 [0,37-0,76]). 

Du côté de la mortalité, les résultats de la méta-analyse directe ne mettent pas en évidence d’association entre les bisphosphonates et la mortalité par rapport à un placebo (hazard ratio (HR) 0,90 [0,76-1,07]). En revanche, une méta-analyse en réseau montre que l’espérance de vie serait augmentée sous zolédronate par rapport à l’étidronate et par rapport à un placebo. 

Enfin, concernant les cas d’ostéonécroses de la mâchoire, évènements indésirables particulièrement surveillés pour cette classe thérapeutique, les essais cliniques randomisés ne parviennent pas à mettre en évidence une association significative avec la prise de bisphosphonates. Le faible nombre d’événements pourrait contribuer à l’expliquer (1,3% sous bisphosphonates vs 0% sous placebo, soit un RR 4,61 [0,99-21,35]).

Principales limitations

Seuls 4 essais cliniques comparaient les bisphosphonates entre eux. La survenue d’évènements osseux constituait un critère composite pouvant inclure des fractures non cliniquement pertinentes. Les ostéonécroses de la mâchoire n’étaient pas rapportées systématiquement dans toutes les études.