Étude CASSINI : le rivaroxaban peine à démontrer son bénéfice dans certaines situations spécifiques…

  • Khorana AA & al.
  • N Engl J Med
  • 21 févr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une thrombophylaxie à base de rivaroxaban (10 mg/j) chez des sujets initiant un nouveau traitement pour cancer et à haut risque de thrombose (score Khorana ≥2) ne permet pas de réduire significativement l’incidence des épisodes thromboemboliques, ou des décès liés à cette situation clinique dans les 180 jours par rapport au placebo. Certes, les taux de survenue du critère composite principal d’évaluation (thromboembolie et décès lié à un événement thromboembolique) étaient inférieurs de 4 points de pourcentage en faveur du rivaroxaban par rapport au placebo si l’on considère uniquement la période de traitement. Mais ce critère d’évaluation n'a pas été atteint sur l’ensemble de la période de suivi de 180 jours. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Il est admis que les patients souffrant de cancer ou traités pour cancer sont plus à risque de thromboembolie veineuse sur membre inférieur. Si la prophylaxie antithrombotique est souvent prescrite pour une courte durée en post-hospitalisation ou chirurgie chez ces sujets, son bénéfice absolu pour une couverture à plus long terme serait plus faible. Des études ont cependant suggéré que cette prévention serait intéressante chez les patients ayant un score Khorana ≥3, mais le bénéfice pour un score de 2 semble moins probant. D’où l’intérêt d’inclure ces sujets dans cette étude.

Méthodologie

CASSINI est une étude randomisée, menée en double aveugle chez des adultes souffrant de cancer, ayant une espérance de vie >6 mois, et qui initiaient un nouveau traitement systémique pour leur cancer. Seuls les individus ayant un score Khorana ≥2 à l’inclusion (côté entre 0 et 6, les scores les plus élevés indiquant un risque plus élevé) étaient inclus dans l’étude. Une visite de suivi était prévue à la 8semaine, 16semaine et à 180 jours ou à la fin de l’étude. Le critère composite principal d’évaluation était constitué de la survenue objectivement confirmée d’une thrombose veineuse profonde proximale sur un membre inférieur ou symptomatique sur membre supérieur ou distale sur membre inférieur, ou d'une embolie pulmonaire, ou du décès suite à une thrombose veineuse profonde. Les analyses ont été réalisées sur l’ensemble de la période de suivi (180 jours) et sur une période restreinte à la période de traitement (4,3 mois).

Principaux résultats

Le cancer le plus fréquent des patients inclus était le cancer pancréatique (32,6%). Au total, 54,5% de l’ensemble de la population ayant une tumeur solide avait une maladie métastatique. La durée moyenne du traitement était de 4,3 mois, et au total, 43,7% et 50,2% des sujets respectivement sous rivaroxaban et placebo ont arrêté prématurément l’étude pour des raisons similaires dans les deux groupes.

Sur les 180 jours de suivi, le critère composite principal d’évaluation a concerné 6% des patients sous rivaroxaban et 8,8% de ceux sous placebo, soit un hazard ratio (HR) de 0,66 [0,40-1,09], (p=0,10). Les analyses portant uniquement sur la période de traitement montrent que le critère principal d’évaluation était survenu chez 2,6% des sujets sous rivaroxaban et 6,4% de ceux sous placebo (HR 0,40 [0,20, 0,80]).

Au cours des 180 jours de suivi, 20,0% des individus sous rivaroxaban et 23,8% sous placebo sont décédés (HR 0,83 [0,62-1,11]).

Des saignements non majeurs sont survenus chez 2,7% des patients sous rivaroxaban et 2,0% de ceux sous placebo (HR 1,34 [à 0,4-3,32]). Des saignements majeurs ont été notifiés chez 2,0% (n=8) des patients sous rivaroxaban et 1,0% (n=4) de ceux sous placebo, sans différence significative de risque : HR de 1,96 [0,59-6,49]. Les saignements majeurs d’origine gastro-intestinale étaient les plus fréquents (8 patients).

Principale limitation

Un fort taux de sujets a arrêté prématurément l’étude.