Étude ASPREE : l'aspirine a-t-elle un intérêt en prévention primaire des démences et du handicap physique ?

  • McNeil JJ & al.
  • N Engl J Med
  • 16 sept. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats du critère principal d’évaluation de l’étude ASPREE montrent que l’aspirine à faible dose (100 mg/j) durant près de cinq ans, chez les sujets âgés sains ne présenterait pas d’intérêt sur la durée de vie sans démence ni handicap persistant. En revanche, cette prise en charge augmenterait le risque d’hémorragies majeures.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’utilisation de l’aspirine en prévention secondaire est bien documentée. En dépit de données montrant une tendance favorable à la diminution de l’incidence des évènements cardiovasculaires, du cancer – en particulier colorectal - et de la mortalité associée, l’intérêt de l’aspirine en prévention primaire reste sujet à débat. De fait, les résultats de cet essai randomisé et contrôlé sur l’impact de l’aspirine sur la longévité sans démence, ni handicap persistant et la survenue d’évènements hémorragiques majeurs tant redoutés apportent un éclairage intéressant.

Méthodologie

L’étude ASPREE (Aspirin in Reducing Events in the Elderly) est un essai randomisé, contrôlé versus placebo. Elle a évalué si l’aspirine gastro-résistante à faible dose (100 mg/j) pouvait augmenter le temps de vie en bonne santé et sans dépendance, c’est à dire sans démence et sans handicap, chez des sujets sains, âgés de 65 ans et plus, vivant à domicile. L’essai a été mené en Australie et aux États-Unis. La démence était diagnostiquée selon les critères du manuel Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, fourth edition. La persistance d’un handicap physique était définie par la déclaration par le patient de la persistance durant au moins 6 mois de l’incapacité ou d’une difficulté importante à réaliser au moins l’une des six activités de base de la vie quotidienne.

Principaux résultats

Au total, 19.114 personnes (âge médian 74 ans, 56,4% de femmes) ont été incluses dans l’étude, dont 9.525 dans le groupe traité par aspirine et 9.589 dans le groupe placebo. Au total, 56,4% des participants étaient des femmes, dont 8,7% d’origine non caucasiennes. Environ 11,0% d’entre eux ont déclaré avoir déjà pris régulièrement de l’aspirine. Le taux d’observance au traitement était de 62,1% dans le groupe aspirine et 64,1% dans le groupe placebo.

Durant le suivi médian de 4,7 ans, les analyses ont montré qu’il n’y avait pas de bénéfice sur l’augmentation du temps de vie sans démence ni handicap persistant (critère composite principal d’évaluation), à ce que les sujets sains, âgés de 65 ans et plus, prennent de l’aspirine à faible dose. En effet, le taux de survenue du décès, d’une démence ou d’un handicap persistant était de 21,5 évènements/1.000 personnes-années dans le groupe aspirine et 21,2/1.000 personnes-années dans le groupe placebo (hazard ratio (HR) 1,01 [0,92-1,11], p=0,79).

Les différences entre les deux groupes en ce qui concerne les critères pris en compte isolément (décès, démence, persistance d’un handicap) ne se sont pas révélées substantielles entre les deux groupes. Le décès était l’événement le plus fréquent parmi les trois recherchés (50% des évènements, à l’âge moyen de 77,5 ans), puis la démence (30% des évènements à 77,7 ans en moyenne), puis la persistance du handicap physique (20% à l’âge moyen de 77,6 ans). 

En revanche le taux d’événements hémorragiques majeurs était supérieur sous aspirine que sous placebo (respectivement 3,8% vs 2,8%, hazard ratio 1,39 [1,18-1,62], p

Principales limitations

Durée relativement courte de l’intervention, qui peut ne pas avoir été suffisante pour détecter l’apparition de démences notamment.