Étude AMATERASU : bénéfice de la vitamine D dans les cancers digestifs, des résultats mitigés, mais à creuser

  • Urashima M & al.
  • JAMA
  • 9 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

« Amaterasu », du nom de la déesse du Soleil au Japon, est une étude japonaise ayant évalué l’impact d’une supplémentation en vitamine D chez des sujets souffrant d'un cancer digestif. Ces résultats sur le critère principal d’évaluation n’ont montré aucun bénéfice sur la survie à 5 ans sans récidive de la supplémentation en vitamine D par rapport au placebo. En revanche, les patients ayant un taux de 25(OH)D moyen à l’inclusion ont eu moins de récidive de cancer dans les 5 ans ou ont été moins nombreux à décéder par rapport à ceux sous placebo. L’ajustement à l’âge lors d’analyses post-hoc a suggéré que la supplémentation en vitamine D apportait un bénéfice sur la survie sans récidive par rapport au placebo. Ces résultats mériteraient d’être confirmés par des études de plus grande envergure.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Dans le domaine de la cancérologie, les études cliniques évaluant l’intérêt de la vitamine D en prévention secondaire sont particulièrement attendues compte tenu des résultats prometteurs de certaines études observationnelles et de données in vitro. La revue JAMA vient d’en publier deux, AMATERASU et SUNSHINE. 

Méthodologie

L’étude AMATERASU est un essai randomisé, mené en double aveugle, contrôlé versus placebo. Cette étude a été conduite dans un seul hôpital universitaire japonais entre 2010 et 2018 et a enrôlé 417 patients souffrant de cancer digestif de stade I à III de l’œsophage au rectum (âge moyen 66 ans, 66% d’hommes). Ces patients ont été randomisés (3:2) entre un groupe traité par 2.000 UI/j de vitamine D (n=251) ou un placebo (n=166) à partir de la première visite post-opératoire en ambulatoire jusqu’à la fin de l’essai. Et la survie à 5 ans sans récidive a été évaluée. Les sujets ont été stratifiés en 3 groupes en fonction de leur taux plasmatique de 25(OH)D (40 ng/mL).

Principaux résultats

Les patients inclus souffraient principalement de cancer colorectal (48%), de cancer gastrique (42%) et de cancer de l’œsophage (10%). Le suivi médian était de 3,5 ans (avec un maximum de 7,6 ans). 

  • 20% des patients du groupe vitamine D et 26% du groupe placebo ont eu une récidive de leur cancer ou sont décédés.
  • Le taux de décès était similaire entre les deux groupes (15%) au cours du suivi.
  • Ni la survie globale, ni la survie sans récidive à 5 ans n’étaient statistiquement différentes entre les deux groupes (85% versus 71%, hazard ratio (HR) respectif : 0,95 [ 0,57-1,57], p=0,83 ; 0,76 [0,50-1,14], p=0,18).
  • En revanche, des analyses post-hoc ajustées sur l’âge ont montré un bénéfice sur la survie sans récidive en faveur des patients supplémentés en vitamine D (HR 0,66 [0,43-0,99]). 
  • Les patients qui avaient un taux de 25(OH)D à l’inclusion entre 20 et 40 ng/mL traités par vitamine D durant l’étude avaient 54% de risque en moins de développer une récidive dans les 5 ans ou de décéder (HR 0,46 [0,24-0,86], p=0,02).
  • La tolérance du traitement était plutôt bonne avec 1,3% de fractures et 0,9% de calculs urinaires sous vitamine D (versus respectivement 3,4% et 0% sous placebo).