État des lieux français de la cholestérolémie et de sa prise en charge : faut-il s’inquiéter?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon l’étude ESTEBAN représentative de la population française adulte, si le taux moyen de LDL-c n’a pas évolué ces 10 dernières années, le taux de surveillance par réalisation d’un bilan lipidique aurait diminué d’environ 10%, et le taux des sujets de 18-74 ans sous hypocholestérolémiants aurait quant à lui diminué de près d’un tiers.

  • L’importance de ces chiffres est préoccupante, soulignent les auteurs, du fait du rôle du LDL-c dans le risque cardiovasculaire global. Ils émettent l’hypothèse que la diminution du nombre de patients traités pourrait résulter de la défiance des français vis-à-vis des statines, sujettes à polémique dès 2013. Des études permettant de décrire le profil clinique et sociodémographique des adultes non traités permettraient d’en déterminer plus précisément les raisons (absence ou méconnaissance du diagnostic, arrêt du traitement…).

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’étude ENNS conduite en 2006-2007 avait établi que 18,8% des français de 18-74 ans avaient un LDL-c supérieur à 1,6 g/L. Dix années plus tard, ESTEBAN visait à faire le point sur la prévalence des facteurs de risque vasculaire (HTA et dyslipidémies) avec une méthodologie comparable, facilitant les comparaisons. Elle visait aussi à apprécier l’ampleur et la nature de la prise en charge des hypercholestérolémies.

Méthodologie

  • ESTEBAN est une étude transversale réalisée entre 2014 et 2016 parmi un échantillon représentatif de la population française métropolitaine (hors Corse) de 18-74 ans vivant en ménage. Des questionnaires réalisés par un enquêteur, des auto-questionnaires et un examen de santé avec bilan lipidique ont été réalisés pour chacun des sujets ayant accepté de participer à l’étude.

  • Les valeurs seuils de 1,6 g/L et de 1,9 g/L ont été choisies pour définir l’hypercholestérolémie LDL-c respectivement pour l’ensemble de la population et pour ceux ayant un faible risque cardiovasculaire.

Principaux résultats

  • Parmi les 2.074 patients participants, il y avait 55,2% de femmes et l’âge moyen était de 46,2 ans. La concentration moyenne de cholestérol total était de 2,1 g/L sans différence selon le sexe. Les taux de HDL-c montraient cependant que les femmes avaient plus souvent des valeurs situées dans les extrêmes, et que les hommes avaient plus souvent des taux de triglycérides élevés.

  • Le taux moyen de LDL-C était de 1,30 g/L, avec 19,3% des adultes au-delà de 1,6 g/L et 6,0% au-delà de 1,9 g/L, sans différence entre les sexes. En revanche, le taux de patients présentant une hypercholestérolémie LDL-c augmentait avec l’âge pour se stabiliser autour de 7-8% à partir de 45 ans.

  • Parmi les participants, 67,1% d’hommes et 77,3% de femmes déclaraient avoir déjà bénéficié d’un bilan lipidique, une pratique qui augmentait avec l’âge (44,6% pour les 18-34 ans, contre 91,4 ans pour les 65-74 ans).

  • Au total, 8,8% des participants recevaient des hypolipémiants (10,9% des hommes, 6,7% des femmes), par statines majoritairement (83,4%). Parmi eux, 86,7% avaient connaissance de leur hypercholestérolémie. Les participants traités avaient également un taux de LDL-c moyen inférieur aux autres (1,21 vs 1,31 g/L) et seuls 12,8% avaient un taux de LDL-c >1,6 g/L (vs 19,9%).

  • Ceux qui présentaient un taux de LDL-C supérieur à 1,6 g/L ou un traitement hypolipémant n’étaient que 53,1% à connaître leur hypercholestérolémie.

  • Par rapport aux valeurs de l’étude ENNS de 2006, la proportion des français au-dessus des deux seuils de LDL-c prédéfinis n’avait pas évolué, mais celle des sujets ayant bénéficié d’un bilan lipidique a significativement diminué de 8,7% chez les hommes et de 15,5% chez les femmes. Quant à la proportion des français traités, elle a diminué de 29,6% en 10 ans.

Principales limitations

Le redressement statistique de l’échantillon recruté pour être représentatif de la population française de 18-74 ans peut avoir induire des erreurs. Par ailleurs, la participation était volontaire, et a pu induire un biais de sélection.

Financement

L’étude a reçu des fonds de plusieurs ministères.