Est-ce vraiment dangereux de manger des aliments frits ?

  • Sun Y & al.
  • BMJ
  • 23 janv. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Cette étude épidémiologique publiée dans le British Medical Journal et menée sur une importante cohorte de femmes américaines suggère que la consommation d’une portion par jour d’aliments frits augmenterait la mortalité toutes causes confondues et la mortalité cardiovasculaire de 8%. Si l’on s’intéresse plus spécifiquement aux types d’aliments, la consommation d’une portion par jour de poulet, de poisson ou de produits de la mer frits serait associée à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues et de la mortalité cardiovasculaire entre 7 et 13% par rapport à l’absence de consommation de ces aliments. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Environ 25 à 36% des adultes nord-américains consomment des aliments chaque jour dans des fast-food et la plupart du temps ceux-ci sont frits. Or, les données scientifiques concernant le risque de mortalité lié à ces aliments sont faibles et controversées, d’où l’intérêt de cette étude longitudinale de grande envergure.

Méthodologie

Au total, 106.966 femmes post-ménopausées âgées de 50 à 79 ans au moment de l’inclusion ont été enrôlées entre septembre 1993 et 1998 dans l’étude Women’s Health Initiative et ont été suivies jusqu’en février 2017.

Principaux résultats

Sur l’ensemble de la cohorte suivie durant en moyenne 17,9 ans, 31.558 décès ont été notifiés (9.320 décès d’origine cardiovasculaire, 8.358 suite à un cancer et 13.880 en lien avec une autre cause). À l’inclusion, les femmes qui consommaient le plus fréquemment des aliments frits étaient plus susceptibles d’être jeunes, non-caucasiennes, avec un faible niveau d’éducation et de faibles revenus. Ces femmes étaient également plus souvent fumeuses que les autres, pratiquaient peu d’activité physique, avaient une forte consommation de café, des apports énergétiques totaux importants et une faible qualité nutritionnelle. Elles étaient également plus susceptibles d’avoir un diabète et un IMC plus élevé à l’inclusion que les femmes qui consommaient moins d’aliments frits, mais en revanche présentaient moins souvent une maladie cardiovasculaire que ces dernières.

Les analyses ont montré que par rapport à celles qui ne consommaient pas d’aliments frits, la consommation d’au moins une portion par jour de ces aliments augmentait significativement le risque de mortalité toutes causes de 8% (hazard ratio ajusté 1,08 [1,01-1,16]). Le risque de mortalité cardiovasculaire était également augmenté avec la consommation d’une portion par jour d’aliments frits, mais de manière non significative (HR 1,08 [0,96-1,22]). 

La consommation d’au moins une portion de poulet frit par semaine augmentait le risque de mortalité toutes causes de 13% et le risque de mortalité cardiovasculaire de 12% (respectivement HR 1,13 [1,07-1,19] et 1,12 [1,02-1,23]).

La consommation d’au moins une portion par jour de poisson frit ou de produits de la mer frits augmenterait le risque de mortalité toutes causes de 7% et de mortalité cardiovasculaire de 13% (respectivement HR 1,07 [1,03-1,12] et 1,13 [1,04-1,22]).

En revanche, les analyses n’ont pas permis de montrer une quelconque association entre la consommation d’aliments frits (totale ou par types d’aliments) et la mortalité par cancer.

Principales limitations

Ces données ne sont pas généralisables car aux États-Unis les aliments frits sont principalement consommés en dehors du domicile. Par ailleurs, nous manquons de données concernant la température, le type d’huile utilisée et la méthode de friture.