Est-ce que le bénéfice de l’arrêt du tabac chez un gros fumeur est perceptible à 5 ans ?

  • Duncan MS & al.
  • JAMA
  • 20 août 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

  • Une étude de large envergure menée sur deux générations montre que l’arrêt du tabac chez des gros fumeurs (≥20 paquets-année) est associé à une diminution significative du risque de maladie cardiovasculaire (CV) à 5 ans. 
  • Cependant, par rapport à des non-fumeurs, le risque de maladie CV reste significativement plus élevé 5 et 10 ans après l’arrêt du tabac.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

Les données liées au bénéfice de l’arrêt du tabac sont importantes pour motiver les patients, et il est notamment intéressant d’en disposer spécifiquement chez de très gros fumeurs.

Méthodologie

Cette analyse rétrospective est basée sur les données de l’étude Framingham (évaluation de la cohorte initiale entre 1954 et 1958 et de la cohorte des descendants entre 1971-1975). Tous ont été suivis jusqu’en 2015. Les données présentées ici sont limitées aux gros fumeurs (≥20 paquets-années) et aux non-fumeurs.

Principaux résultats

Les analyses ont inclus 8.770 individus (n=3.805 de la cohorte initiale et 4.965 de la cohorte des descendants). Au total, 45% des individus considérés étaient des hommes. À l’inclusion, seulement 2% et 27% des sujets avaient respectivement un diabète et de l’hypertension, l’IMC médian était dans la zone de normalité, mais 78% déclaraient être des consommateurs réguliers d’alcool, et seulement 40% n’avaient jamais fumé.

Si 38,6% des 4.115 fumeurs réguliers à l’inclusion avaient cessé de fumer et n’avaient pas repris durant le suivi moyen de 26,4 ans, 51,4% avaient continué jusqu’à ce qu’ils développent une maladie cardiovasculaire et qu’on leur ait interdit. Sur l’ensemble de la population, 5.308 sujets étaient considérés comme de gros fumeurs (17% avaient arrêté de fumer et 83% fumaient encore), avec une consommation médiane de 17,2 paquets-année.

Sur les 26,4 années de suivi médian, par rapport aux gros fumeurs qui continuaient à fumer, ceux qui avaient arrêté dans les cinq dernière années avaient une incidence de maladie cardiovasculaire inférieure à ceux qui n’avaient pas arrêté de fumer : 6,94/1.000 versus 11,56/1.000 cas de maladie cardiovasculaire (IDM, AVC, insuffisance cardiaque ou décès d’origine CV).

Le risque de développer une maladie CV était également inférieur chez ceux qui avaient arrêté de fumer dans les cinq dernières années : hazard ratio 0,61 [0,49-0,76].

Sur l’ensemble de la population (les deux cohortes), le fait d’avoir arrêté de fumer était associé à un risque de développer une maladie cardiovasculaire 10 à 15 ans après l’arrêt qui restait encore 25% plus élevé par rapport à ceux qui n’avaient jamais fumé : 5,09 versus 6,31 cas/1.000 personnes-années, hazard ratio 1,25 [0,98-1,60]. L’analyse séparée des deux cohortes montrait que si ce risque n’était plus significatif 5 à 10 ans après l’arrêt dans la cohorte originale, il fallait attendre 25 ans dans la cohorte de la descendance.

Principales limitations

Même si la taille de la population est conséquente, celle-ci reste nettement inférieure à d’autres études et c’est l’une des raisons de la restriction des analyses aux sujets fumant ≥20 paquets-années. Certaines informations environnementales auraient pu être utiles mais n’ont pas été recueillies.