Est-ce que la maladie cœliaque augmente le risque de mortalité ?

  • Lebwohl B & al.
  • JAMA
  • 7 avr. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Des chercheurs ont mis en évidence une légère augmentation de la mortalité chez les sujets souffrant de maladie cœliaque par rapport à des sujets contrôles. L’étude réalisée sur une large cohorte - près de 50.000 malades et près de 250.000 sujets contrôles – offre des résultats robustes. Ce sur-risque était plus prononcé chez les sujets les plus jeunes et n’avait pas fondamentalement évolué au cours des dernières décennies.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Ces données montrent que l’augmentation du nombre de diagnostic, l’identification de formes moins graves de la maladie et l’augmentation de l’offre alimentaire sans-gluten n’auraient pas modifié le risque de surmortalité dans ce contexte clinique.

Méthodologie

Tous les individus ayant reçu un diagnostic de maladie cœliaque après biopsie entre 1969 et 2017 ont été identifiés à travers la cohorte ESPRESSO (Epidemiology Strengthened by histoPathology Reports in Sweden). Au total, ce sont 49.829 sujets qui ont été suivis à partir d’une première biopsie et jusqu’au 31 décembre 2017. Chaque cas a été apparié avec 5 sujets contrôles issus de la population générale, en fonction des critères d’âge, de sexe, de pays et de la période de l’année. Même si les auteurs de l’article évoquent que l’inflammation chronique pourrait participer fortement à cette surmortalité, les mécanismes en jeu ne sont pas clairement identifiés.

Principaux résultats

Sur l’ensemble de la cohorte (âge moyen au diagnostic 32,2 ans, 62,4% de femmes), 24% des sujets avaient été diagnostiqués entre 2010 et 2017. Parmi les sujets malades, 39% avaient moins de 18 ans au moment du diagnostic, et 64% l’ont été après le 1erjanvier 2010. Les sujets souffrant de maladie cœliaque avaient également plus souvent des comorbidités auto-immunes comme un diabète de type 1, une maladie thyroïdienne auto-immune, une polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire chronique des intestins. 

Sur un suivi global médian de 12,5 ans, 13,2% de sujets sont décédés. Par rapport aux sujets contrôles, la mortalité globale était augmentée chez les individus souffrant de maladie cœliaque (9,7 versus8,6 décès pour 1.000 sujets-années), soit une augmentation significative du risque de mortalité de 21% (hazard ratio 1,21 [1,17-1,25]). Ce sur-risque restait présent même chez les patients diagnostiqués plus récemment entre 2010 et 2017 (+35%).

Cette augmentation du risque de mortalité a été retrouvée sur toutes les tranches d’âges, avec cependant un risque particulièrement prononcé pour les 18-39 ans (+69% de risque de mortalité par rapport à la population générale au mêmes âge).

Certaines causes de mortalité sont évoquées par les auteurs, du fait notamment de l’augmentation du risque de mortalité cardiovasculaire de 8%, du risque de cancer de 29%, de maladies respiratoires de 21%, mais les processus sous-jacents restent non clairement identifiés.

Le risque de mortalité était également plus élevé la première année après le diagnostic (+134%) mais restait plus élevé que pour la population générale durant les 10 années qui suivaient (+15%). 

Limites

Le risque d’une mauvaise classification des sujets ne peut pas être exclu.