Essais cliniques dans le domaine du cancer : des progrès significatifs sont à réaliser

  • Naci H & al.
  • BMJ
  • 18 sept. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Sur les 39 études pivots randomisées et contrôlées ayant servi pour l’approbation de la mise sur le marché d’anticancéreux par l’Agence Européenne du Médicament (EMA) entre 2014 et 2016, près de la moitié a été jugée comme à haut risque de biais. Parmi les essais randomisés et contrôlés, près des trois quart ne mesurent pas la survie globale ou la qualité de vie en critère principal d’évaluation. Plusieurs publications portant sur les résultats de ces essais ne mentionnent pas tous les biais dans leurs limitations. Si la réalisation des essais cliniques dans le domaine du cancer est tout particulièrement complexe, et comporte souvent des biais inévitables, en revanche certains sont évitables. Les analyses mises en évidence ici doivent inciter les industriels et les autorités de santé à porter une vigilance toute particulière sur certains points.

En quoi ces données sont intéressantes ?

Les traitements du cancer ont constitué en 2017 plus d’un quart des traitements nouvellement approuvés par l’EMA. Les analyses présentées ici montrent qu’entre 2014 et 2016 près des trois quarts des traitements approuvés dans le cancer l’ont été à partir d’essais randomisés et contrôlés, versus 90% des études pivots entre 2009 et 2013. De plus en plus d’essais ont utilisé la survie sans progression comme critère principal d’évaluation. Or, la corrélation entre ce critère de substitution et la survie globale est souvent médiocre. Ces traitements contribuent fortement à l’augmentation des dépenses de santé. Ainsi, il est important que les autorités de santé et les industriels assurent leurs responsabilités à travers des essais cliniques de qualité portant sur une méthodologie robuste et des critères de jugements cliniquement pertinents. 

Méthodologie

Les analyses présentées portent sur les essais cliniques des nouveaux traitements du cancer approuvés par l’EMA entre 2014 et 2016. Les critères évalués ont été les caractéristiques des études elles-mêmes (randomisation, utilisation ou non de comparateurs, critères d’évaluation), les risques de biais, la qualité des données recueillies à travers les dossiers réglementaires et les publications disponibles.

Principaux résultats

Les analyses ont porté sur 32 nouveaux traitements dans le domaine du cancer, approuvés par l’EMA entre 2014 et 2016, sur la base de 54 études pivots.

Sur les 41 études randomisées et contrôlées identifiées, 39 avaient des données disponibles et ont pu être incluses dans les analyses présentées ici. Sur ces 39 essais, 19 (49%) ont été jugés comme à haut risque de biais. Ces biais étaient principalement liés au manque de certaines données ou aux critères d’évaluation. 

Parmi l’ensemble de ces études, 76% étaient des essais randomisés, contrôlés (n=41), 20% (n=11) n’avaient pas de comparateur (un seul bras) et 4% (n=2) étaient des études comparatives, mais non randomisées. Au final, seuls 7 traitements ont été approuvés par l’EMA par au moins deux essais cliniques contrôlés et randomisés. Le pourcentage de médicaments approuvés sur la base d’études simple bras était respectivement 15 et 11% pour les médicaments des « maladies orphelines » et des autres cas de cancer. Enfin, la proportion de médicaments approuvés sur la base d’étude simple bras a concerné 40 et 7% respectivement des médicament ayant reçu une autorisation temporaire de commercialisation et les autres.

Seules 26% des 39 études randomisées et contrôlées avaient pour critère principal ou secondaire d’évaluation la survie globale. Dans la majorité des cas (54%), le critère principal d’évaluation était la survie sans progression, dans les autres cas, les concepteurs avaient choisi l’évolution de la maladie, la survie sans événement ou des paramètres d’innocuité. Les essais ayant choisi comme critère principal d’évaluation la survie globale étaient moins à risque de biais que ceux ayant choisi un critère de substitution. En effet les risques de biais étaient respectivement de 20% et 55%. Le risque de biais différait également selon que les informations considérées provenaient de la littérature scientifique ou des documents réglementaires de l’EMA.