ESMO 2022 : Quelles sont les prochaines avancées à venir en oncologie ?

  • Aude Lecrubier

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Congrès
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La grand-messe de l’oncologie européenne, le congrès de l’European Society of Medical oncology (ESMO) 2022, se tient actuellement en présentiel à la Porte de Versailles (Paris) après deux ans d’épidémie de Covid-19 .

Quelles sont les principaux sujets de préoccupation des oncologues aujourd’hui ? Quelles sont les innovations à nos portes et celles porteuses d’espoir ?

Lors d’une conférence de presse organisée par Gustave Roussy en amont du congrès, le Pr Fabrice André, directeur de la recherche de l’Institut Gustave Roussy, co-président du conseil scientifique du congrès et récemment élu futur président de l’ESMO (2025-2026) a fait le point sur les grandes tendances en oncologie de cette rentrée 2022 et sur les grands chantiers à venir, non sans évoquer en filigrane la crise que connait l'hôpital  notamment la pénurie de soignants – qui pourrait impacter le soin en dépit de traitements innovants .

 

Prévention et détection précoce des cancers

Un focus particulier sera consacré cette année à la prévention et la détection précoce des cancers comme en témoignent les études dévoilées lors de la première session présidentielle du congrès samedi.

Au programme notamment, une étude (LBA1) présentée par le Dr Charles Swanton (Londres, Royaume-Uni) qui porte sur le rôle de la pollution dans les cancers du poumon. « La question qui se posera à l’issue de cette session sera de savoir si ces résultats seront suffisants pour conduire à des changements en matière de politique de santé publique », indique Fabrice André.

Sur les questions de diagnostic précoce, une autre étude (9030), devrait, quant à elle, montrer l’intérêt de nouveaux tests sanguins de détection précoce multi-cancers (MCED, de l’anglais multicancer early detection).

« Il est vraiment important que la communauté des oncologues et les structures de soins en oncologie migrent vers la prévention et la détection précoce du cancer pour deux raisons. L’une est que la prévention n’a pas été assez intégrée dans les soins. L’autre est que l’on voit arriver tous ces tests qui détectent le cancer précocement alors que les infrastructures de soins ne sont pas du tout prêtes à absorber ces nouveaux malades, que nous allons avoir besoin de plus de médecins, de chirurgiens et d’infirmiers. Il est, par exemple, possible que nous voyons arriver de nombreux patients avec des cancers du pancréas très précoces qui nécessitent des chirurgies et les infrastructures ne sont pas prêtes », a commenté le Pr André.

L’avènement de la médecine de précision

Le deuxième grand sujet, auquel deux autres présentations en session présidentielle sont dédiées, est celui de la médecine de précision. Le domaine n’est pas nouveau, ce qui l’est en revanche, ce sont les anomalies du génome ciblées par des traitements combinés promettant d’améliorer le pronostic.

L’une des études mentionnée par le Pr André concerne le premier représentant d'une nouvelle classe thérapeutique, le nirogacestat (PF-03084014), un inhibiteur puissant de la γ-secrétase (GS), de petite taille, sélectif, réversible et non compétitif présentant une possible activité antitumorale dans les tumeurs desmoides (LBA2). Une autre étude a évalué le traitement inhibiteur de la protéine KRAS. Il s’agit de l’essai de phase 3 CodeBreak 200 qui a comparé le sotorasib par rapport au docétaxel chez les sujets atteints de CBNPC localement avancé et non résécable ou métastatique ayant une mutation KRAS p.G12C, précédemment traités. « C’est très important parce que cette protéine est mutée dans environ 30% des cancers du poumon, 90% des cancers du pancréas et de nombreux cancers du côlon. Cibler cette protéine est un enjeu de santé publique. Et, des médicaments commencent à apparaitre », a précisé le Pr André.

 

Nouveaux traitements de thérapie cellulaire 

Alors que les recherches continuent sur les cellules CAR-T, notamment dans les cancers solides, une nouvelle étude présentée en plénière met à l’honneur une nouvelle forme de thérapie cellulaire, les lymphocytes TIL. Dans cette nouvelle étude randomisée de phase 3 (LBA3), l’ipilimumab est comparé aux lymphocytes TIL qui sont prélevés dans la tumeur, multipliés, et réinjectés aux patients atteints de mélanome avancé. « Peut-on, en injectant des lymphocytes tueurs améliorer le pronostic des patients ?  Si demain nous allons vers de la thérapie cellulaire pour les cancers solides, les mélanomes, les cancers des poumons, les cancers du pancréas, là encore une vraie question d’infrastructures de soins va se poser » , souligne l’oncologue.

 

La problématique des populations sous-représentées

Dans les grandes études cliniques, les critères d’inclusion sont souvent limités et une grande partie de la population échappe à l’évaluation des médicaments. Que peut-on faire pour élargir le spectre des patients éligibles à un traitement ? « C’est un sujet extrêmement important d’égalité des soins et de représentation des patients dans les études cliniques auquel une des études présentée lundi en session plénière a cherché à répondre », a commenté le Pr André. Il s’agit de l’essai IPSOS (LBA11) qui a testé une immunothérapie chez les patients qui ne sont pas candidats à la chimiothérapie à base de platine dans le cancer du poumon.

 

La limitation des ressources humaines en oncologie

Autre sujet brulant : « la limitation des ressources humaines qui opèrent les soins en oncologie », a indiqué le Pr André. Une situation « qui risque de persister » et à laquelle il faut trouver des solutions. « Il est important de savoir comment nous allons nous adapter et un des moyens de nous adapter est de limiter la durée des traitements via des traitements hautement sensibles ». D'ailleurs, deux présentations vont abordé ce sujet cette année à l’ESMO. Si demain, nous pouvons limiter la durée des traitements parce que certains patients ont une anomalie du génome très sensible à un traitement, alors on limite les ressources humaines dédiées. L’illustration de cette question est une étude (LBA7) présentée par une équipe néerlandaise de 8 semaines d’immunothérapie, un délai très court, dans le cancer du côlon avec une anomalie très particulière de défaut de réparation de l’ADN. « Ce qu’ils montrent c’est que 8 semaines d’immunothérapie pourraient suffire pour que ces patients soient guéris », souligne Fabrice André qui ajoute « on peut imaginer que si on multiplie les exemples, cela pourrait permettre de traiter de façon optimale ces patients en réduisant les ressources humaines qui leurs sont allouées. Là encore, la médecine de précision est primordiale pour déterminer quels patients sont hautement sensibles ».

Quelle place pour l’immunothérapie anti-PD1 dans les cancers précoces ?

Une session présidentielle sera consacrée à la place de l’immunothérapie par anti-PD1 chez les patients qui ont un cancer à un stade précoce. « On sait que, dans un certain nombre de pathologies cancéreuses, les anti-PD1 ont amélioré le pronostic des patients qui avaient un cancer métastatique. On s’attendait à ce que cela transforme également, tout aussi radicalement, le pronostic des patients qui ont un cancer localisé mais on s’est aperçu que ce n’était pas si simple. Lors de cette session, seront abordés les obstacles, les challenges mais aussi les succès que nous avons déjà remportés », explique le Pr André.

 

L’avènement des thérapies issues des biotechnologies

Après les thérapies cibles, les anticorps…arrivent désormais des drogues complexes, qui combinent plusieurs médicaments, notamment les anticorps conjugués qui associent un anticorps à une chimiothérapie. Si ces nouvelles thérapies ne sont pas mises en avant dans les sessions présidentielles, « une part importante des sessions leur ait consacrée », souligne le Pr André.

 

L’après cancer

Comment prédire quels patients vont présenter des séquelles après leur cancer ? Des sessions entières sont dédiées à cette question.

« Cela concerne plusieurs millions de nos citoyens en France, et aux Etats-Unis, environ 40 millions de personnes. Une fois qu’un patient ou une patiente a guéri d’un cancer, d’autres problèmes peuvent se présenter qu’il faut arriver à prendre en charge et pour cela, il faut pour cela se poser les bonnes questions », insiste le Pr André.

 

Deux prix pour deux chercheurs français

À noter que lors de la session d’ouverture du Congrès ESMO 2022, deux oncologues français seront récompensés pour leurs contributions dans la lutte contre le cancer.

Le Pr Karim Fizazi (Institut Gustave Roussy, Université de Paris Saclay, Villejuif) recevra le prix ESMO 2022 pour ses travaux dans le domaine du cancer de la prostate et des autres tumeurs génito-urinaires (GU). Auteur de nombreux articles qui ont révolutionné les protocoles de traitement des cancers de la prostate et des testicules, il évoquera lors de la session d’ouverture l'avenir de la prise en charge des cancers GU.

Le Pr Bernard Escudier de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif (France), recevra lui le prix Lifetime Achievement Award 2022 de l'ESMO pour l’ensemble de ces travaux dans le cancer du rein.

Cet article a été écrit par Aude Lecrubier et initialement publié sur Medscape.