Escapad 2017 : le tabac en perte de vitesse chez les ados

  • Le Nézet O et al.
  • BEH
  • 29 mai 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Pour son 9exercice, l’enquête Escapad a évalué la santé et les consommations de substances psychoactives (notamment tabac, alcool et cannabis) des jeunes de 17 ans appelés pour leur journée défense et citoyenneté via un questionnaire auto-administré anonyme (1). Les données de 39.115 jeunes français métropolitains ont ainsi été prises en compte dans l’analyse publiée dans le BEH du mois de mai 2018. Ils avaient en moyenne 17,3 ans au moment de l’enquête.

Une tendance à la baisse qui s’affirme

Les résultats de 2017 de l’enquête Escapad confirment les tendances précédemment enregistrées, avec des consommations au plus bas depuis la première édition de l’enquête en 2000. Ainsi, seuls 59% des jeunes de 17 ans reconnaissent avoir fumé au moins une cigarette au cours de leur vie, alors qu’ils étaient 68,4% dans ce cas en 2014 et 77,6% en 2000.

Une nette diminution est notamment observée pour la consommation quotidienne qui ne concerne plus que 25,1% des jeunes, contre 32,4% en 2014 et 41,1% en 2000. Si les filles sont toujours plus nombreuses à avoir déjà fumé (59,9% contre 58,1%), les garçons sont plus souvent concernés par une consommation quotidienne (26,3% contre 23,8%). 

L’usage de la chicha suit la même tendance puisque 49,9% des jeunes de 17 ans déclarent l’avoir déjà expérimentée en 2017 contre 64,7% en 2014.

L’influence déterminante du milieu social

Plusieurs facteurs sont associés à la consommation de tabac, et l’origine socio-économique apparaît comme un déterminant majeur. Les élèves en enseignement général sont moins souvent consommateurs quotidiens par rapport à ceux en apprentissage ou sortis du système scolaire. Selon les résultats de l’enquête DePICT, dont les résultats sont publiés dans le même numéro du BEH, ces disparités sociales pourraient en partie s’expliquer par une initiation plus précoce et une perception plus positive du tabac chez les élèves scolarisés dans l’enseignement technique et professionnel, souvent issus de milieux sociaux moins favorisés en France (2). L’influence du milieu social sur la consommation quotidienne de tabac se manifeste également chez les adolescents issus de familles recomposées ou monoparentales, ou de familles défavorisées. 

Une réglementation contournée

Malgré cette diminution des consommations, l’exposition au tabagisme passif reste importante, principalement aux abords des établissements scolaires (62,9% des jeunes déclarent y être exposés souvent ou tous les jours), à la maison (24,0%), mais aussi à l’intérieur des établissements en dépit de l’interdiction mise en place depuis février 2007 (11,4%).

Par ailleurs ces adolescents de 17 ans semblent n’avoir aucun mal à se procurer des cigarettes, malgré l’interdiction de vente aux mineurs depuis 2009. Parmi les consommateurs quotidiens, la très grande majorité (94,5%) achète régulièrement ses cigarettes dans un bureau de tabac sans avoir à présenter (ou rarement) sa carte d’identité. De plus, nombre d’entre eux n’ont pas une connaissance claire de l’âge légal d’achat.

Effet des mesures anti-tabagiques ou changement de regard sur le tabac ?

Cette baisse continue de la consommation de tabac a également été observée au niveau européen. En France, elle découle très vraisemblablement des différentes mesures de lutte contre le tabagisme qui se sont succédées depuis le premier plan cancer en 2003. Cependant l’enquête Aramis qui a exploré les représentations et motivations de l’usage du tabac à l’adolescence fait également état d’une dénormalisation de l’usage du tabac chez les jeunes nés dans les années 1990, pour qui la cigarette revêt une image plus négative et davantage associée à une image de mort.