ERS : Les particules ultrafines issues de la pollution peuvent atteindre le placenta

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités des congrès
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La pollution n'en finit pas de se révéler sous les aspects les plus inattendus et les moins engageants. Quelques études épidémiologiques ont déjà fait état d'une association entre l'exposition maternelle aux particules fines et certaines anomalies fœtales ou encore des naissances prématurées, sans que le lien de causalité soit établi tant les facteurs de confusion sont nombreux. De plus, les mécanismes qui sous-tendent une telle association restent du domaine de l'inconnu. Une communication de l'université Queen Mary (Londres) présentée à l'ERS va indiscutablement plus loin que les précédentes études. Pour la première fois, des particules de suie, encore appelée black carbon ou « carbone noir » ont été ainsi détectées au sein même des cellules du placenta.
L'étude a inclus cinq femmes enceintes résidant à Londres, qui devaient toutes accoucher par césarienne, à une date planifiée à l'avance. Aucune d'entre elles n'était fumeuse. Dans tous les cas, la grossesse non compliquée a abouti à la naissance d'un bébé en parfaite santé. Les participantes ont fait don de leur placenta aux chercheurs de l'université Queen Mary par consentement écrit.
Dans un premier temps, les macrophages ont été prélevés au niveau des tissus placentaires après une digestion obtenue au moyen d'un cocktail enzymatique combinant trypsine et hyaluronidase. Les macrophages ont été extraits au moyen d'un autre cocktail enrichi en monocytes, puis examinés au microscope optique (x 100). La surface cumulée occupée par le matériau noir a été mesurée en analyse d'images numérisées et exprimée en µm2/700 cellules. La recherche de particules ultrafines phagocytées par les macrophages a ensuite été effectuée par microscopie électronique.
Les cinq placentas ont été ainsi étudiés de manière méthodique. Sur les 3 500 macrophages analysés, 60 contenaient au total 72 inclusions distinctes composées d'un matériau noir. Leur morphologie n'était pas sans rappeler celle des particules fines carbonées phagocytées par les macrophages. La surface moyenne cumulée occupée par le carbone noir a été estimée pour chaque placenta à 5,233 µm2 (surface totale 26,167 µm2). Deux placentas ont été analysés par microscopie électronique. Dans les deux cas, les inclusions noires détectés dans les phagolysosomes macrophagiques étaient morphologiquement compatibles avec des particules de carbone inhalé.
Ces résultats qui portent sur un effectif limité suggèrent que les particules fines issues de la pollution et inhalées par la mère sont à même d'atteindre le placenta après leur passage dans la circulation sanguine. Il reste maintenant à confirmer ces résultats sur une plus grande échelle et connaître le sort de ces particules placentaires, et notamment leur capacité à atteindre directement le fœtus. Ce qui est une autre histoire.