ERS : La télé-réhabilitation respiratoire décevante à long terme ?

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités des congrès
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La réhabilitation respiratoire consiste en une prise en charge globale d'une maladie respiratoire chronique telle la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). Elle est centrée sur l'activité physique régulière et l'éducation thérapeutique. Son objectif est d'améliorer la qualité de vie tout en soulageant les symptômes et en augmentant le plus possible l'autonomie des patients. In fine, la prévention des exacerbations et l'anticipation des complications sont dans un programme qui implique toute une équipe pluridisciplinaire. Plusieurs essais randomisés menés à court terme chez des patients atteints de BPCO ont suggéré que la télé-réhabilitation respiratoire (TRR) avait des effets positifs sur la performance physique et qu'elle faisait mieux que la réhabilitation respiratoire conventionnelle (RRC). Cependant, si le bénéfice semble significatif à court terme, rien n'indique qu'il se maintienne à long terme. Un essai multicentrique randomisé, présenté à l'ERS, tend même à suggérer le contraire.

L'objectif a été de comparer TRR et TRC chez 134 patients atteints d'une BPCO sévère et franchement symptomatique (sexe féminin : n = 74 ; âge moyen de 68±9 ans ; VEMS moyen de 33±9 % de la valeur théorique ; distance accomplie en six minutes de 327±103 m). Les critères d'évaluation ont été multiples. Outre l'effet symptomatique, ont été pris en compte l'incidence de la TRR ou de la TRC sur : (1) la qualité de vie ; (2) le niveau d'activité physique testé à l'aide d'un accéléromètre ; (3) la mortalité et les hospitalisations.
La TRR a été réalisée sous la forme de séances hebdomadaires de 60 minutes chacune pendant dix semaines. Dans le groupe TRC, deux séances d'une durée de 90 mn chacune ont été assurées chaque semaine, là aussi pendant dix semaines. Les interventions dans chaque groupe ont été supervisées par des kinésithérapeutes et des infirmières spécialisées.

A la fin des phases de réhabilitation, l'analyse des données dans l'intention de traiter n'a révélé aucune différence intergroupe significative. Il en a été de même au terme d'un suivi de 12 mois. Ainsi, la distance parcourue en six minutes n'a différé que de 5,7 m (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de -24,8 à -36,1). La fréquence des hospitalisations en rapport avec la BPCO s'est avérée similaire dans les 2 groupes, le hazard ratio correspondant étant en effet de 1,08 (IC95 de 0,57 à 1,99) et il en a été de même pour les hospitalisations toutes causes confondues (Hazard ratio de 1,16 ; IC95 de 0,76 à 1,78) ou encore la mortalité. Par ailleurs, les bénéfices obtenus à court terme dans chaque groupe ont disparu à long terme.

La TRR ne semble pas être supérieure à la réhabilitation respiratoire conventionnelle si l'on prend en compte ses effets à long terme. Cet essai randomisé, qui porte sur un effectif restreint, manque peut-être de puissance. Mais pas plus que les études à court terme suggérant que la TRR est supérieure à la TRC. Un autre problème est d'ailleurs soulevé : il semble que le bénéfice à court terme de la réhabilitation respiratoire ne se maintienne pas à long terme. Une limite déjà évoquée dans d'autres essais qui interroge sur le rapport coût-efficacité d'une telle intervention.