ERS : Asthme : un risque d’obésité à long terme ?

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités des congrès
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

L'obésité expose à diverses maladies respiratoires chroniques, dont l'asthme et la BPCO, a fortiori quand elle s'associe à des facteurs de risque. Par ailleurs, l'inverse, c'est-à-dire une augmentation du risque d'obésité chez un patient asthmatique, semble être une hypothèse plausible, si l'on en juge d'après les résultats d'une étude de cohorte prospective multicentrique européenne qui fait partie du projet intitulé European Community Respiratory Health Survey (ECRHS). Ont été inclus 8 618 participants issus de 12 pays européens, indemnes de toute obésité à l'état basal, leur indice de masse corporelle (IMC) étant en effet 30kg/m2) à l'état basal.

L'asthme était connu et symptomatique, au travers de crises dyspnéiques évocatrices volontiers nocturnes survenues au cours des 12 mois précédents. La notion d'un traitement antiasthmatique en cours a été également prise en compte.
Le recrutement a débuté dans les années 1990 et le suivi a atteint jusqu'à 20 ans. Le risque d'obésité a été en fait évalué à deux reprises, l'étude se déroulant en deux temps, respectivement à 10 ans (ECRHS-II) et 20 ans (ECRHS-III) en intégrant l'apparition d'un asthme qui n'existait pas à l'état basal. Les données ont été traitées au moyen d'une analyse multivariée qui a pris en compte les facteurs de confusion potentiels, tels l'âge, le sexe, le pays d'origine et l'activité physique. Les 8 168 sujets qui composent la cohorte ont participé à au moins l'un des deux temps de cette étude prospective. De fait, une association a été recherchée entre : (1) asthme a l'état basal (ECRHS-I) et obésité à 10 ans (ECRHS-II); (2) asthme constaté à 10 ans (ECRHS-II) et obésité à 20 ans (ECRHS-III).
Au total, 10,2 % des asthmatiques ont développé une obésité au terme de 10 ans de suivi, versus 7,7 % des non-asthmatiques, soit un risque relatif (RR) de 1,26 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 1,03 à 1,55) avec ajustement selon l'âge, le sexe et le pays d'origine. La prise en compte supplémentaire de l'IMC à l'état basal a réduit très légèrement ce RR qui est effet passé à 1,20 (IC95 de 1,0 à 1,4). En revanche, le risque s'est avéré plus élevé en cas d'asthme survenu à l'âge adulte avec un RR de 1,37 (IC95 de 1,01 à 1,86) versus un RR de 1,13 (IC95 de 0,83 à 1,53) en cas de forme pédiatrique. L'existence d'un asthme non atopique à l'état basal, pour sa part, a été associée à un risque particulièrement élevé d'obésité lors du premier suivi, le RR étant en effet de 1,47 (IC95 de 1,15 à 1,86). Une tendance voisine a été décelée concernant les nouveaux cas d'asthme dénombrés lors du 2ème suivi (ECRHS-II), le RR d'obésité lors de la visite finale (ECRHS-III) étant en effet de 1,22 (IC95 de 0,86 à 1,73).

Ces résultats plaident en faveur d'un risque d'obésité à long terme chez les patients atteints d'un asthme avéré. Le risque semble nettement plus élevé en cas d'asthme survenu à l'âge adulte ou encore d'asthme non atopique, sans la moindre composante allergique. Des résultats à confirmer et à expliquer : quels sont les mécanismes en cause dans cette association inattendue ? Il appartient aux études épidémiologiques futures de répondre aussi à cette question.