Épidémie de maladie à virus Ebola en RDC : avril-mai 2018


  • The Lancet
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Contexte

Le 8 mai 2018, le gouvernement de la République démocratique du Congo a rapporté une épidémie de maladie à virus Ebola dans la province de l’Équateur au nord-ouest du pays. L’éloignement de la plupart des communautés affectées et le fait qu’un centre urbain relié à la capitale et aux pays voisins soit touché font de cette épidémie la plus complexe et la plus à risque jamais subie par la République démocratique du Congo. Nous apportons des informations épidémiologiques préliminaires provenant de l’enquête en cours sur cette épidémie.

Méthodes

Nous avons classé les cas comme étant présumés, probables ou confirmés à l’aide des définitions nationales de cas du Ministère de la Santé publique de la République démocratique du Congo. Nous avons étudié tous les cas pour obtenir les caractéristiques démographiques, déterminer les expositions potentielles, décrire les signes et symptômes et identifier les contacts à suivre pendant une période maximale de 21 jours. Nous avons également estimé le taux de reproduction et le nombre projeté de cas pour la période de 4 semaines allant du 25 mai au 21 juin 2018.

Résultats

Au 30 mai 2018, 50 cas (37 confirmés, 13 probables) d’infection au virus ebolavirus Zaïre ont été signalés en République démocratique du Congo. Dans les zones de santé de Bikoro, d’Iboko et de Wangata, 21 cas (42 %), 25 cas (50 %) et 4 cas (8 %) ont été identifiés respectivement. Le Wangata fait partie de Mbandaka, la capitale urbaine de la province de l’Équateur, qui est reliée à des voies de transport internationales et nationales majeures. Au 30 mai 2018, 25 décès par maladie à virus Ebola ont été signalés, avec un taux de létalité par cas de 56 % (IC à 95 % : 39–72) après correction pour prendre en compte la censure. Ce taux de létalité par cas est cohérent avec les estimations de l’épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest pour la période 2014–2016 (p = 0,427). L’âge médian des personnes ayant une infection confirmée ou probable était de 40 ans (intervalle : 8–80) et 30 de ces personnes (60 %) étaient des hommes. Les signes et symptômes les plus fréquemment rapportés chez les personnes atteintes de maladie à virus Ebola confirmée ou probable étaient la fièvre (40 cas sur 42 [95 %]), une fatigue générale intense (37 cas sur 41 [90 %]), et la perte d’appétit (37 cas sur 41 [90 %]). Des symptômes gastro-intestinaux ont été fréquemment rapportés et 14 personnes sur 43 (33 %) ont rapporté des signes hémorragiques. Le délai séparant l’apparition de la maladie et l’hospitalisation de l’analyse d’échantillon a diminué au cours du temps. À la date du 30 mai 2018, 1 458 contacts avaient été identifiés, parmi lesquels 746 (51 %) étaient restés sous suivi actif. Le taux de reproduction estimé s’est avéré être de 1,03 (intervalle de crédibilité à 95 % : 0,83–1,37) et l’incidence cumulée des cas pour l’épidémie à la date du 21 juin 2018 devrait être de 78 cas confirmés (37–281), en supposant une transmissibilité hétérogène.

Interprétation

L’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit actuellement en République démocratique du Congo possède des caractéristiques épidémiologiques similaires aux précédentes épidémies de maladie à virus Ebola. La détection précoce, l’isolement rapide des patients, la recherche des contacts et le programme de vaccination en cours devraient permettre de contrôler suffisamment l’épidémie. La prévision du nombre de cas ne dépasse pas la capacité d’intervention actuelle si la situation épidémiologique n’évolue pas. Les informations présentées, bien qu’elles soient préliminaires, sont essentielles dans l’orientation de l’enquête en cours et de la riposte à cette épidémie.

Financement

aucun.