Épidémie de diabète de type 2 en France : et si les retardateurs de flammes bromés étaient impliqués ?

  • Ongono JS & al.
  • Environ Int
  • 26 nov. 2018

  • de Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude française de grande envergure a montré une association positive entre l’exposition alimentaire aux retardateurs de flamme bromés (RFB) et le risque de diabète de type 2 (DT2). Incorporés dans de nombreux produits pour les rendre moins inflammables, les RFB sont relargués et viennent polluer l’air, le sol et l’eau. Ils entrent dans la chaîne alimentaire principalement par des produits d’origine animale (poisson, viande, lait). D’autres investigations dans le domaine sont maintenant nécessaires afin de mieux identifier les effets à long terme des expositions aux RFB et de clarifier les mécanismes biologiques sous-jacents.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

De récentes études ont suggéré que l’exposition aux RFB - qui constituent environ 30% des retardateurs disponibles sur le marché - pourraient jouer un rôle dans l’épidémie de diabète de type 2. L’hexabromocyclododecane (HBCD) a été interdit dans l’Union Européenne depuis les années 2000 et le déca-BDE, le seul polybromodiphénylether (PBDE) encore en vente sera limité à 0,1% du poids du produit à compter de mars 2019. Les RFB ont été classés comme perturbateurs endocriniens et polluants organiques persistants (POP). L’intérêt de cette étude était d’évaluer l’association entre l’exposition alimentaire aux deux RFB les plus fréquemment utilisés HBCD et PBDE et le risque de DT2 à travers l’Étude Épidémiologique auprès de femmes de l’Éducation Nationale (E3N).

Méthodologie

L’étude E3N est une étude prospective française ayant inclus 98.995 femmes en 1990 affiliées au régime national d’assurance maladie et à la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN). Plusieurs modèles d’ajustement ont été utilisés, l’un basé sur l’IMC seul (modèle 1) ; un autre associant en plus des facteurs de risque de DT2 (activité physique, tabagisme, niveau d’éducation, antécédents familiaux de diabète, antécédents personnels d’hypertension ou d’hypercholestérolémie), (modèle 2) ; un troisième associant également les principaux facteurs de risques de DT2 liés spécifiquement à l’alimentation (consommation d’alcool, de lipides, apports énergétiques en glucides et protéines), (modèle 3) ; un dernier intégrant en plus les groupes d’aliments qui contribuent à au moins 20% de l’exposition alimentaire aux RFB (modèle 4).

Principaux résultats

Au global, sur l’ensemble des 71.415 femmes réellement suivies durant 19 années, 3.667 (5,13%) ont développé un diabète de type 2. L’âge moyen à l’inclusion était de 53 ans. Le délai moyen entre l’inclusion et l’apparition des symptômes de diabète était d’environ 13 ans. L’exposition alimentaire moyenne à l’HBCD et au PBDE était respectivement de 0,22 ng/kg de poids corporel/jour et de 1,21 ng/kg de poids corporel/jour. Ces niveaux d’exposition étaient supérieurs à ceux publiés par l’ANSES pour la population générale, respectivement entre 0,17 et 0,21 ng/kg de poids corporel/jour pour l’HBCD et de 0,54 et 0,55 ng/kg de poids corporel/jour pour le PBDE.

Les principaux groupes d’aliments contaminés par l’HBCD étaient les viandes blanches non transformées (29%) et les viandes transformées (24%). Pour le PBDE, les principaux contributeurs alimentaires étaient les produits laitiers, notamment « ultra-frais » (40%), incluant le lait entier, demi-écrémé et les yaourts, ainsi que le fromage (27%).

Après ajustement, une association linéaire positive a pu être mise en évidence entre l’exposition alimentaire à l’HBCD et le risque de DT2. Par rapport aux sujets les moins exposés aux RFB, le risque de DT2 était augmenté de 18% chez ceux du 2quintile d’exposition et jusqu’à 47% pour ceux du 5quintile.

Une association non linéaire cette fois-ci a également été mise en évidence entre le PBDE et le risque de DT2, avec une augmentation du risque uniquement pour les sujets des 2et 4quintiles par rapport aux sujets les moins exposés (respectivement +12% et +20% de cas de DT2 notifiés dans ces groupes). 

Principales limitations

Cohorte non représentative de la population française globale. Les niveaux de contamination ont pu diminuer entre 1993 et la date de réalisation des mesures par l’Anses en 2007-2009.