En pratique clinique, l’efficacité des immunothérapies contre le mélanome est-elle comparable à celle des essais cliniques ?

  • Taquin H & al.
  • Ann Dermatol Venereol
  • 8 août 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’analyse rétrospective d’une cohorte française monocentrique de 130 patients souffrant de mélanome avancé met en évidence une efficacité de l’ipilimumab (anti-CTLA4), du nivolumab et du pembrolizumab (anti-PD1) globalement conforme aux données des essais pivots ayant permis leur commercialisation. Cependant, quelques différences ont été observées du fait du profil clinique souvent plus complexe des patients constituant la cohorte : ainsi, les données de survie globale (SG) et/ou de survie sans progression (SSP) sous ipilimumab ou sous nivolumab étaient sensiblement inférieures à celles rapportées dans les essais cliniques pivots. Cette analyse va dans le sens d’une supériorité des anti-PD1 sur l’anti-CTLA4 sur le plan de la SSP et de la réponse globale, malgré un manque de significativité des résultats après ajustement, reposant probablement sur une puissance statistique insuffisante. Enfin, la comparaison de la SSP des patients traités par immunothérapie seule à celle des patients bénéficiant également de la radiothérapie suggère une supériorité de l’approche combinée ; un essai clinique actuellement conduit au CHU Nice permettra de confirmer cette observation.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les essais pivots avancent souvent des résultats sensiblement différents de ceux obtenus dans la pratique clinique courante, du fait notamment de la sélectivité des patients qui y sont inclus. Il était intéressant d’évaluer les données rétrospectives propres aux traitements du mélanome avancés obtenues au sein d’un service universitaire pour les confronter à celles rapportées dans la littérature.

Méthodologie

Cette étude observationnelle, rétrospective, monocentrique, a inclus les patients du CHU Nice traités pour un mélanome avancé par l’un des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire entre 2010 et 2016. Ceux présentant un mélanome muqueux ou choroïdien étaient exclus. Le critère principal d’évaluation était la SSP.

Principaux résultats

  • Au total, 110 patients ont pu être inclus dans l’analyse (âge moyen 64 ans, 69,1% d’hommes). Parmi eux, 70,9% présentaient un mélanome de stade M1c, 40% présentaient un taux élevé de LDH et 65,5% ne présentaient pas de mutation BRAF V600. Des métastases cérébrales existaient chez 31,8% de la cohorte et 16,4% avaient un score PS> 1. En termes thérapeutiques, 58 étaient traités par ipilimumab, 24 par nivolumab et 28 par pembrolizumab.

  • La SSP médiane des patients était de 3,9 mois et de 2,9 mois pour les patients sous anti-PD1 et sous anti-CTLA4 respectivement (p=0,025). La probabilité de survie à 1 an était de 30,50% et de 10,75% dans ces deux groupes mais, après ajustement, cette différence n'était pas significative.

  • La survie globale médiane était de 5,3 mois pour l’ensemble de la cohorte, sans différence significative entre les patients sous anti-PD1 et ceux sous anti-CTLA4 (10,2 vs 6,1 mois, p=0,288). La probabilité de survie à 1 an était respectivement de 47,60% et 33,28% sans différence significative après ajustement.

  • Le délai moyen de réponse était plus court pour les patients traités par anti-PD1 que pour les autres (8,7 mois sous ipilimumab contre 3,4 mois et 4,2 mois sous nivolumab et pembrolizumab).

  • Les patients traités par immunothérapie combinée à une radiothérapie avaient une probabilité de survie de 26,40% et 19,40% respectivement.

  • Les effets indésirables et effets indésirables graves ou sérieux concernaient respectivement 53,4% et 25,9% des patients sous ipilimumab, 66,7% et 25% de ceux sous nivolumab, 75% et 14,3% de ceux sous pembrolizumab. Ceux traités par anti-CTLA4 étaient principalement d’ordre gastro-intestinal ou cutané, et ceux observés sous anti-PD1 étaient essentiellement cutanés ou endocriniens.