En France, seul un médecin généraliste sur deux dépisterait systématiquement la dénutrition chez les sujets âgés !


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Manque d’information et de formation, manque de temps, les médecins généralistes français sont pourtant conscients de la nécessité de dépister la dénutrition chez les sujets âgés mais peinent à mettre en place les recommandations de la HAS.

En 2007, la Haute Autorité de Santé (HAS)1 a défini les modalités de dépistage et de prise en charge de la dénutrition en France. Alors que le médecin généraliste tient un rôle central dans ce dispositif, il était important d’évaluer la réalité pratique de ce dépistage. C’est ce qui a été réalisé grâce à une étude menée en Alsace.

Comment s’est déroulée l’étude ?

Cette étude prospective d’évaluation des pratiques a été réalisée auprès de 100 médecins généralistes de l’Eurométropole de Strasbourg entre juillet 2014 et juin 2015. Des questionnaires anonymes ont été adressés par voie postale, puis chaque médecin a été contacté par téléphone pour être informé de la démarche. Le questionnaire était constitué de 45 items (temps moyen de passation 5 minutes) comprenant une grande majorité de questions à réponses fermées.

Quel est le profil des médecins interrogés ?

La majorité des médecins ayant répondu exerce en cabinet depuis 21 à 30 ans (39%) et plus d’un tiers estime que 21 à 40% de leur clientèle aurait plus de 70 ans. Selon leur expérience personnelle et professionnelle, ils estiment que 10% environ de la population des 70 ans et plus en France est dénutrie.

Alors que 100% d’entre eux se disent convaincus de l’importance du dépistage de la dénutrition chez les sujets âgés, ils ne seraient que 66% à la considérer comme une priorité. Malgré le fait que les recommandations de la HAS soient plus souvent connues par de jeunes médecins, 40% de l’ensemble des médecins généralistes n’en n’ont jamais pris connaissance et déplorent globalement un manque de formation sur le sujet.

Comment dépistent-ils la dénutrition ?

Les moyens les plus fréquemment utilisés par les médecins généralistes interrogés pour évaluer la dénutrition sont la mesure du poids corporel total (99% des cas) et l’IMC (85%), ainsi que l’évaluation des apports alimentaires (63%). Le Mini Nutritional Assessment (MNA), lui, n’est utilisé que par moins d’un praticien sur quatre (23%).

Face à une suspicion de dénutrition, ils sont 94% à réaliser un dosage d’albuminémie. Et beaucoup réalisent d’autres dosages non recommandés pour autant par la HAS tels que la créatinine plasmatique (72%), la ferritine (63%), et dans une moindre mesure, le taux de TSH, de 25(OH)-vitamine D, les folates, le profil lipidique, la calcémie, et le taux de vitamine B12. En revanche, seulement 7% d’entre eux doseraient la protéine C-réactive.

À quelle fréquence dépistent-ils la dénutrition ?

Au total, 54% des médecins effectueraient un dépistage systématique de la dénutrition chez les sujets âgés (37% une fois/an, 12% tous les 6 mois et 2% tous les deux ans). Certains médecins font, en plus de ces dépistages systématiques, des dépistages au cas par cas. Encore une fois, les médecins les plus jeunes sont plus nombreux à réaliser un dépistage systématique (66% contre 37%). La difficulté à recueillir les données et le manque de temps constituent les deux principaux obstacles au dépistage.

Et une fois le dépistage réalisé ?

Tous les médecins interrogés réalisent la surveillance du poids et de l’IMC des patients chez qui une dénutrition est diagnostiquée, la prescription de compléments nutritionnels oraux (CNO) est réalisés par 99% d’entre eux et l’éducation nutritionnelle du patient assurée dans 85% des cas.

Les résultats de cette étude montrent bien que le dépistage de la dénutrition par les médecins généralistes reste encore insuffisante en France. Une meilleure connaissance des recommandations de la HAS par les praticiens est un point essentiel qui pourrait ensuite conduire à la mise en place de consultation annuelle systématique de dépistage et à un recours plus systématique aux outils de dépistage simples et validés tels que le MNA.