Éliminer les hépatites virales chroniques B et C en 2030 ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a fixé un objectif de 90% de patients diagnostiqués et de 80% de patients traités pour les hépatites chroniques B et C. Est-ce réaliste, sachant que la seule hépatite B touche plus de 290 millions de personnes dans le monde, que parmi elles neuf sur dix ignorent leur statut, et qu’en 2016 seuls 4,5 millions de porteurs étaient traités et guéris (virosuppression) alors que 58 millions étaient éligibles au traitement ?

Éliminer le VHB, un objectif à long terme

Pour les éditorialistes du BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) sur le sujet, « la route menant à l’élimination de l’hépatite B dans le monde est encore longue et l’objectif d’élimination du VHB ne sera pas atteint universellement. » En effet, le traitement par les antiviraux directs permet d’obtenir une virosuppression, mais au prix de dizaines d’années de traitement. Reste l’espoir d’y parvenir dans un délai plus court, apporté par les nouvelles molécules antivirales associées à de nouveaux immunomodulateurs. Quant à la vaccination contre le VHB, efficace et sûre, « il faudrait près de 90 ans pour arriver à l’élimination du virus si elle était universellement pratiquée à la naissance », affirment ces mêmes auteurs.

Aussi insistent-ils sur la sécurité transfusionnelle et la prévention de la transmission mère-enfant. Un article de ce BEH montre qu’en France des progrès considérables ont été faits sur le premier point : « Sur la période 2016-2018, les risques résiduels de contamination transfusionnelle ont été estimés à 1/2.850.000 dons pour le VHB et 1/34.000.000 pour le VHC. Depuis la période 1992-1994, ils ont été divisés par 30 et 170 respectivement. » Selon une enquête nationale réalisée en 2016 pendant une semaine, la recherche de l’Ag Hbs pendant la grossesse a été réalisée chez 97,1% des femmes. Mais sur les 110 enfants éligibles à une vaccination contre le VHB, seuls 70 en ont bénéficié.

Un dépistage universel de l’hépatite C chronique ?

La situation est nettement plus favorable pour l’hépatite C, du fait de l’efficacité des nouveaux antiviraux à action directe (AAD), qui permettent de guérir plus de 99,8% des patients en 8 à 12 semaines, sans effets secondaires. Pour les coordonnateurs du BEH, il est donc possible « d’envisager l’élimination du virus C (VHC) à l’horizon 2030 proposé par l’OMS. » En France, deux mesures gouvernementales « indispensables » ont été prises qui vont dans ce sens : en 2017, l’accès au traitement pour tous les patients ayant une hépatite chronique C et en 2019, la prescription des AAD élargie à tous les praticiens, dont les généralistes. Les recommandations établies par l’AFEF (Association française d’étude du foie) leur ont d’ailleurs donné un « rôle pivot » dans le parcours de soins simplifié pour les patients sans fibrose sévère et sans comorbidité.

Cependant, en 2020, on estime qu’environ 90.000 porteurs du VHC restent à dépister et à traiter. En novembre 2019, la HAS (Haute Autorité de santé) a estimé que le dépistage devait être intensifié dans les seules populations à risque. Ce n’est pas l’avis de l’AFEF, qui plaide pour un dépistage universel en se basant sur une modélisation qui montre qu’il s’agit de la meilleure stratégie coût-efficacité, à condition que les professionnels de santé y soient sensibilisés et la population informée. Une expérimentation réalisée à Montpellier pendant trois mois en 2019 ne va a priori guère dans son sens (taux de séropositivité de 0,89% dans la population dépistée, contre 1,12% en 2018 sans stratégie). Mais les auteurs soulignent l’intérêt du partenariat entre tous les acteurs de santé et de l’information délivrée à la population dépistée sur les facteurs de risque.

On retiendra enfin de ce numéro du BEH l’intérêt d’un article sur les résultats de la cohorte prospective ANRS CO 22 Hepather (impact clinique du traitement de l’hépatite C chronique par les AAD) et d’un travail sur la fréquence des facteurs de risque de carcinome hépato-cellulaire en France (en 2017).