Elévation des enzymes hépatiques chez les femmes enceintes séropositives VIH traitées : quand et pourquoi ?


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Messages principaux

  • L’Enquête Périnatale Française de l’ANRS a permis d’étudier les données de 5.748 femmes enceintes infectées par le VIH
  • Plus de quatre femmes sur cinq présentant une élévation des enzymes hépatiques sous traitement ne présentent pas de cause médicale identifiée.
  • Le risque d’élévation inexpliquée des enzymes est inférieur chez les personnes sous analogues non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI) par rapport à celles sous inhibiteurs de protéase (IP).


Selon les données de la cohorte nationale ANRS EPF-CO1, près de 17% des femmes infectées par le VIH et traitées par antirétroviraux présentent une élévation du taux sanguin des enzymes hépatiques, indépendamment du moment d’instauration du traitement (avant ou durant la grossesse, ou du trimestre d’initiation). Parmi ces évènements, 82,2% étaient non expliqués médicalement (pré-éclampsie, cholestase hépatique…, les femmes présentant une hépatite virale ayant été exclues de l’analyse).

Par rapport à celles traitées par IP, les femmes ayant initié les antirétroviraux avant la conception par INNTI présentaient moins souvent une élévation des enzymes hépatiques (6 pour 100 personnes-années), tandis que cette situation était plus fréquemment rencontrée parmi celles combinant les deux classes thérapeutiques (35 cas pour 100 personnes-années). La seule différence observée entre molécules était un risque inférieur sous névirapine versus lopinavir. Chez les femmes ayant initié les antirétroviraux lors de la grossesse, une tendance non significative a été observée entre les différents IP prescrits. Seule la différence observée entre les personnes sous lopinavir, versus nelfinavir, s’est montrée significative. Cette observation semble cohérente avec les données déjà disponibles hors grossesse.

Cette nouvelle analyse apporte plusieurs enseignements importants pour la pratique clinique : au total, 6% des cas ont nécessité une hospitalisation et 2% ont imposé de provoquer la naissance. Elle permet aussi de poser deux hypothèses sous-jacentes au phénomène : la première concerne la modification de la concentration et de la distribution des médicaments durant la grossesse, et la seconde concerne la possibilité d’une interaction entre les hormones de la grossesse métabolisées par le foie, comme la progestérone, et les médicaments. De nouveaux travaux concernant les mécanismes impliqués dans l’élévation des enzymes hépatiques seraient utiles.