Élargissement de l’accès des HSH au don de sang


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La sécurité des produits sanguins repose sur un double contrôle : la sélection des donneurs, afin d’écarter ceux ayant des facteurs de risque vis-à-vis d’infections transmissibles par le sang, et le dépistage systématique sur chaque don de sang des infections liées au VIH, au VHC, au VHB ou au Treponema Pallidum (agent de la syphilis) et chez les nouveaux donneurs, des infections liées au HTLV ( Human T-Lymphotropic Virus ) . Cependant il existe un risque résiduel, lié au délai de plusieurs jours entre la contamination éventuelle du donneur par un agent pathogène et le moment où elle est détectable par les tests biologiques disponibles.

Ceci explique pourquoi le don de sang a été interdit aux HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) dès 1983, puis en juillet 2016 autorisés à ceux qui n’avaient pas eu de relations sexuelles avec un homme depuis douze mois. Ces restrictions ont été jugées excessives par beaucoup des HSH, ce qui a conduit à leur réévaluation par Santé publique France, aboutissant à la préconisation de réduire leur délai d’exclusion du don de sang à 4 mois pour ceux n’ayant pas eu de rapport sexuel avec un homme. La ministre des solidarités et de la santé l’a suivie, la mise en œuvre de cette mesure étant prévue pour le 1 er février 2010.

Une évaluation rigoureuse du risque de transmission du VIH

Cette préconisation est notamment basée sur les résultats de l’enquête Complidon, réalisée auprès de 110.000 donneurs de sang : les critères d’accès au don étaient très largement respectés. Cependant, 0O,73% des HSH donneurs de sang avaient déclaré avoir eu des rapports sexuels avec des hommes dans l’année précédant leur don, sans l’avoir indiqué au moment de celui-ci.

Pour savoir si cela avait des répercussions sur le risque de transmission du VIH par transfusion, Santé publique France a réalisé une enquête épidémiologique qui a montré que le risque résiduel pouvait être estimé à un don VIH positif non détecté sur 6.380.000 dons entre le 10 juillet 2016 et le 31 décembre 2017. Le nombre de dons de sang par année s’élevant à environ 3 millions, cela signifie qu’il existe un risque résiduel d’un don VIH positif non détecté tous les deux ans.

Deux scénarios examinés pour élargir l’accès au don des HSH

Santé publique France a alors envisagé deux scénarios d’ouverture du don de sang aux HSH. Le premier correspond à celui qui a été retenu par la Ministre : ouverture du don de sang aux HSH n’ayant pas eu de relation sexuelle avec un homme dans les 4 derniers mois avant le don. Dans ce cas, le risque résiduel est estimé à un don VIH positif non détecté sur 6.300.000 dons, soit celui qui est constaté actuellement. 

Le second scénario envisageait que les critères d’accès des HSH soient les mêmes que pour les autres donneurs, notamment des rapports sexuels avec un seul partenaire dans les 4 mois précédant le don. Le risque résiduel s’élevait alors à un don VIH positif non détecté pour 4.300.000 dons, soit 1,5 fois le risque actuel, mais avec une possibilité de s’élever à un don VIH positif non détecté pour 3.000.000 dons, soit 2 fois le risque actuel.

Ce risque reste néanmoins très faible, puisqu’il correspond à un don VIH positif non détecté tous les deux ans. C’est pourquoi la Ministre estime que l’ouverture actuelle selon le premier scénario est une étape vers la disparition de la référence à l’orientation sexuelle dans la sélection des donneurs au profit de la recherche d’un comportement à risque, quel qu’il soit. Elle rappelle qu’il faut en moyenne recruter 170.000 nouveaux donneurs par an pour répondre aux besoins actuels de 10.000 dons par jour.