Effets indésirables associés aux gabapentinoïdes

  • Molero Y & al.
  • BMJ
  • 12 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Cette étude en population suédoise montre que les gabapentinoïdes sont associés à un risque accru de comportements suicidaires, d’overdose, de blessures corporelles, ainsi que d’accidents de la route ou d’infractions. Pour ces différents paramètres, le risque paraissait plus élevé avec la prégabaline qu’avec la gabapentine. Et lorsque les résultats étaient analysés en fonction de l’âge, le sur-risque était significatif pour les différents types d’événements chez les sujets de moins de 55 ans, et plus marqué chez les 15-24 ans. De nouvelle études sont attendues pour analyser plus finement les effets indésirables chez les jeunes ou chez les utilisateurs de drogue. Une restriction des prescriptions hors AMM devrait également être envisagée.

 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les prescriptions de gabapentinoïdes ont fortement augmenté au cours de ces dernières années, en particulier dans la prise en charge de la douleur. En parallèle sont apparus des effets indésirables tels que vertiges, troubles de l’équilibre et de la coordination, somnolence, troubles de la vision ou altération des performances cognitives. Une augmentation du risque d’overdose d’opioïdes, de comportements suicidaires ou agressifs, a également été suggérée sans avoir été clairement démontrée. Une caractérisation plus précise des effets indésirables est donc apparue comme une nécessité pour adapter les prescriptions. Dans cet objectif, des chercheurs suédois ont recherché les associations existantes entre la prise de gabapentinoïdes et ces effets indésirables potentiels. 

Méthodologie 

Les prescriptions de gabapentinoïdes (prégabaline ou gabapentine) ont été colligées à partir des registres suédois entre 2006 et 2013 et les associations avec les troubles de la coordination (blessures corporelles, accidents ou infractions au code de la route), santé mentale (comportements suicidaires, overdoses) et crimes violents, ont été recherchées.

Résultats 

  • Sur les 191.973 patients de plus de 15 ans ayant reçu au moins deux prescriptions consécutives de gabapentinoïdes, 120.664 avaient eu une prescription de prégabaline et 85.360 de gabapentine.
  • Au cours de la période étudiée, 5,2% d’entre eux ont été hospitalisés suite à un comportement suicidaire ou sont décédés d’un suicide, 8,9% ont fait une overdose et 6,3% ont eu un accident ou ont commis une infraction au code de la route, 36,7% ont été hospitalisés pour blessure (tête, corps ou les deux) et 4,1% ont été arrêtés pour un crime violent.
  • Les utilisateurs de prégabaline étaient globalement plus jeunes et montraient une prévalence plus importante de ces différents événements par rapport à ceux qui étaient sous gabapentine.
  • En analyse intra-individuelle (comparaison des périodes avec et sans traitement), l’usage de gapentinoïde a pu être associé à un sur-risque de comportements suicidaires et de décès par suicide (HR 1,26 [1,20-1,32]), d’overdose (1,24 [1,19-1,28]), de blessures corporelles (1,22 [1,19-1,25]), d’accidents de la route et d’infractions (1,13 [1,06-1,20]). Pour tous ces événements, le sur-risque apparaissait de façon plus marquée chez les moins de 55 ans, avec un risque maximum dans la tranche des 15-24 ans (HR 1,67 [1,52-1,84] pour le risque de suicide, ou encore 2,40 [2,18-2,64] pour les overdoses accidentelles par exemple). Une diminution du risque ou une absence d’association était observée chez les plus de 55 ans. Par ailleurs, il n’est pas apparu d’association claire avec les arrestations pour crime violent.
  • Lorsque les résultats étaient stratifiés en fonction de la molécule, là encore, la prégabaline était associée à un risque supérieur des différents événements par rapport à la gabapentine et ce sur-risque était plus important chez les sujets jeunes (15-34 ans). Une réduction du risque ou une absence d’association étaient observées avec la gabapentine.

Limitations 

Il s’agit d’une étude observationnelle qui ne permet pas d’établir de relation de cause à effet.

L’usage d’alcool ou de drogue susceptible d’impacter les résultats n’était pas connu, de même que le niveau d’observance au traitement.