Eczéma de l’enfant : faut-il abandonner les émollients pour le bain ?

  • Santer M & al.
  • BMJ
  • 3 mai 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon l’étude randomisée britannique BATHE, aucun bénéfice clinique significatif n’est apporté par l’adjonction d’un émollient dans l’eau du bain des enfants présentant une dermatite atopique, en complément de la prise en charge habituelle, selon les mesures de l’auto-score POEM (Patient-Oriented Eczema Measure). Ce résultat, obtenu à partir d’un essai conduit sur 1 an auprès de 482 enfants, montre que l’utilisation de ces produits ne serait pas aussi pertinente qu’attendue dans le contexte d’une utilisation pragmatique, reflétant les conditions habituelles de prise en charge.
  • Un bénéfice statistiquement significatif a été décrit dans le cadre de deux analyses en sous-groupes pré-spécifiées qui ont été conduites chez les sujets de moins de 5 ans ou chez les sujets prenant au moins 5 bains hebdomadaires. Mais il était inférieur à l’écart habituellement retenu comme étant cliniquement significatif (>3 points de l’échelle POEM).

Pourquoi est-ce important ?

Les émollients sont proposés dans la prise en charge de la dermatite atopique de l’enfant par le biais d’applications cutanées, de produits de lavage, ou de produits de bain. À l’inverse des deux autres catégories, les émollients des bain ont fait l’objet de rares études cliniques, qui étaient la plupart du temps insuffisamment puissantes.

Principaux résultats

  • Les 482 enfants qui ont participé et ont été randomisés (n=233 dans le bras émollient) avaient un âge moyen de 5 ans et étaient des filles pour 51% d’entre eux.
  • À l’inclusion, le score POEM (échelle de 0 à 28) était de 9,5 et de 10,1 dans le groupe émollient et contrôle respectivement. Au cours du suivi de 16 semaines, le score POEM moyen (critère principal) était respectivement de 7,5 et de 8,4, sans différence significative. Le même constat était tiré sur le score POEM à 52 semaines (critère secondaire). Aucune différence n’a non plus été trouvée concernant les scores déclarés de façon hebdomadaire au-delà de 16 semaines de suivi.
  • Après ajustement sur la sévérité, le centre et les facteurs potentiels de confusion (origine, utilisation de corticoïdes topiques ou de produit lavant sans savon), le score POEM sous émollients de bain était inférieur de 0,41 point par rapport à celui relevé dans le groupe contrôle [-0,27 à 1,10].
  • Dans le cadre des analyses en sous-groupes pré-spécifiées, les sujets de moins de 5 ans ou ceux prenant au moins 5 bains hebdomadaires présentaient une amélioration significative du score POEM après adjonction d’émollients dans l’eau du bain (différence de score : 1,29 [0,33-2,25] et 2,27 [0,63-3,91]).
  • Aucune différence n’a été observée concernant les autres critères secondaires d’évaluation (nombre de poussées d’eczéma, qualité de vie…).

Méthodologie

  • Au total, les enfants participants devaient être âgés de 1 à 11 ans et présenter une dermatite atopique (après exclusion des cas d’eczéma léger ou inactif depuis 12 mois) correspondant à un score de sévérité (Nottingham) de plus de 5. Ils étaient issus de 96 centres de consultation de soins primaires britanniques. Les enfants prenant moins d’un bain par semaine étaient écartés.
  • Les parents des enfants randomisés étaient invités à ajouter systématiquement un émollient dans l’eau du bain (93% d’adhésion à 1 an), tandis que ceux du groupe contrôle étaient invités à n'utiliser aucun émollient pour bain pendant 12 mois. Le reste de la prise en charge était conduite comme à l’accoutumée.

Financement

L’étude a reçu des fonds publics britanniques.