ECNP : ESPT : de l’ecstasy sur ordonnance ?

  • Dr Dominique-Jean Bouilliez

  • JIM Actualités des congrès
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La MDMA (3,4-méthylènedioxy-méthamphétamine), ingrédient actif de l'ecstasy, avait montré dans les années '80 un potentiel thérapeutique que les chercheurs avaient mis de côté du fait de l'interdiction de son utilisation. La MAPS (Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies), un organisme à but non lucratif basé en Californie qui milite pour plus d'accès aux drogues psychédéliques et au cannabis, autant sur un plan récréatif que thérapeutique, l'a remise au goût du jour en psychiatrie, notamment pour la prise en charge du syndrome de stress post-traumatique. La MDMA fait en effet partie des substances « empathogènes », qui créent un fort sentiment de communion avec les autres et, par le rééquilibrage des processus mentaux, permet aux individus de se voir et de voir leurs problèmes avec une autre perspective. De plus, les neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine et ocytocine), libérés grâce à la MDMA, aident le patient à ressentir moins d'anxiété en réduisant l'activité dans l'amygdale, la partie du cerveau qui traite la peur. La MDMA stimule aussi la production d'ocytocine et de prolactine, des hormones qui rendent les gens plus aimants, paisibles et connectés. Cette substance aurait alors pour fonction de faire tomber les défenses psychiques du patient et d'activer ses zones cérébrales liées à la réflexion, l'aidant à se libérer de ses pensées habituelles.

De plus, lors d'une séance de psychothérapie, le puissant sentiment d'empathie généré par la MDMA aide le patient ayant un PTSD (Posttraumatic stress disorder) à réaliser qu'il n'est pas seul dans sa situation. C'est dans ce cadre que la MAPS a proposé, après accord de la FDA, une psychothérapie d'une durée de douze semaines pendant laquelle sont réparties 3 prises de MDMA. Pratiquement, après trois premières séances de psychothérapie d'une heure et demie chacune, les patients souffrant d'un PTSD ont pris des doses plus ou moins fortes de MDMA (30 mg, 75 mg ou 125 mg) lors de deux séances de huit heures chacune, spécialement adaptées. Ils ont ensuite été suivis pendant les 12 mois suivants. Après que 6 études de phase 2, réalisées aux États-Unis, au Canada, en Suisse et en Israël, aient montré des résultats prometteurs, particulièrement dans le groupe de patients les plus atteints, la FDA a accordé à cette méthode la désignation de Breakthrough Therapy, susceptible d'accélérer le processus d'approbation, notamment pour la mise en place d'une première étude de phase 3 qui sera réalisée dans 16 sites aux États-Unis, au Canada et en Israël à la dose apparemment optimale de 75 mg. La même demande a été effectuée auprès de l'EMA pour une étude qui démarrerait en 2019 avec pour objectif primaire d'évaluer le Clinician Administered PTSD Scale (CAPS-4). Si les résultats s'avèrent concluants, une commercialisation serait envisagée à partir de 2021.

La MDMA, même pure, n'est cependant pas sans effet secondaire : augmentation transitoire du rythme cardiaque, de la pression artérielle et de la température corporelle. Mais aucun problème réel n'a été détecté au cours des études de phase II. Ce qui n'est pas forcément le cas lors de l'usage récréatif avec des produits fortement dosés, coupés, voire même ne contenant pas de MDMA (!). Par ailleurs, puisqu'elle altère le jugement, elle ne doit être administrée que sous supervision médicale.