ECE : Des athlètes féminines qui produisent trop d’androgènes

  • Dr Dominique-Jean Bouilliez

  • JIM Actualités des congrès
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Angelica Lindén Hirschberg de l'institut Karolinska à Stockholm a présenté un état des lieux sur la question des athlètes féminines d'élite produisant trop d'androgènes.

La première notion importante à retenir est d'ordre physiologique et se rapporte au rôle majeur de la testostérone dans l'anabolisme musculaire (et donc la force) et osseux. De plus, elle augmente les taux circulant d'hémoglobine et augmente la consommation en oxygène. Enfin, elle agit de manière positive sur le mental et la compétitivité.

La deuxième notion concerne l'augmentation nettement plus fréquente ('physiologique') des taux d'androgènes chez les athlètes féminines d'élite. Quant à savoir si c'est l'entraînement qui engendre cette augmentation des taux, ou si c'est du fait de ce taux élevé qu'elles « performent » mieux, le débat reste ouvert même s'il semble acquis que le syndrome des ovaires polykystiques n'améliore pas la performance en cas d'hyperandrogénisme modéré. Les études chez l'homme ont par ailleurs clairement montré une relation entre taux de testostérone et performance mais les études chez la femme sont peu nombreuses sur le sujet.

La troisième notion réside dans le constat d'une prévalence nettement plus élevée de syndromes des ovaires polykystiques chez les athlètes d'élite que dans la population générale, posant ainsi la question de la pression de sélection.

Quoi qu'il en soit, l'International Association of Athletics Federation (IAAF) et le COI (Comité Olympique International) ont récemment voté une réglementation demandant aux femmes avec taux de testostérone trop élevé de le réduire médicalement pour pouvoir concourir avec les femmes, avec impossibilité de concourir avec les hommes dans le cas contraire (cette dernière condition a été fortement critiquée sur le plan éthique). Ces critères doivent garantir que les athlètes qui s'identifient comme femme mais qui ont des testicules et un taux de testostérone au même niveau que chez l'homme, abaissent celui-ci aux niveaux de celui des femmes, afin de pouvoir participer à des compétitions d'élite dans cette catégorie féminine. Cette norme est nécessaire pour assurer une compétition équitable entre toutes les femmes.

Mais faut-il retomber de manière stricte au niveau des taux de 'Madame Tout-le-Monde' ? Car les femmes avec taux élevé de testostérone sont aussi des femmes qui peuvent souffrir de diverses affections endocriniennes, telles qu'un syndrome des ovaires polykystique ou être porteuses d'anomalies chromosomiques. Il est dès lors vital selon la gynécologue suédoise d'établir jusqu'à quel point la testostérone améliore les performances de la femme athlète d'élite et de déterminer un taux de testostérone acceptable en compétition.

C'est dans ce cadre qu'Angelica Lindén Hirschberg a étudié l'impact de cette hormone sur la performance physique et montré sans surprise que la testostérone améliore la masse musculaire et l'endurance physique avec un beau parallélisme avec ce que l'on observe chez l'homme en fonction des taux. Elle a par ailleurs pu constater que les femmes visées par la nouvelle réglementation ont généralement des taux de testostérone 10 à 20 fois plus élevés alors que les taux de testostérone varient de 7,7 à 29,4 nmol/L chez l'homme en bonne santé et de 0 à 1,7 nmol/L chez la femme en bonne santé. Elle a enfin pu établir que des taux allant jusque 5,0 nmol/L sont acceptables chez la femme sans qu'ils ne soient considérés comme une cause majeure de performance de haut niveau (le bénéfice actuel est estimé entre 0 et 2- et 5 %).