Ebola : les séquelles des survivants

  • Sneller MC & al.
  • N Engl J Med
  • 7 mars 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon une étude prospective menée en moyenne un an après l’infection initiale, les survivants de l’épidémie d’Ebola au Liberia présentent un certain nombre de séquelles par rapport à des sujets contrôles n’ayant pas été infectés : uvéite, sensibilité abdominale, douleurs musculaires principalement selon l’examen clinique, ainsi que des maux de tête, douleurs musculaires ou articulaires et perte de mémoire selon le déclaratif patient. La fréquence des différents symptômes observés lors du suivi médical diminuait avec le temps. Seule l’uvéite tendait à augmenter chez les sujets infectés comme chez les sujets contrôles, démontrant l’exposition de la population à d’autres facteurs causaux.

Parallèlement, la persistance de l’ARN viral dans le liquide séminal était constatée chez près d’un tiers des hommes ayant été infectés, puis déclinait avec le temps : cette étude révèle que ce délai peut être bien plus long qu’initialement suspecté, puisqu’un délai de 40 mois a pu être observé chez un sujet entre le début de la maladie aiguë et la dernière détection de l’ARN.

Si les auteurs soulignent l’importance d’une cohorte constituée de proches afin de constituer une population contrôle pertinente, ils évoquent aussi le biais de sélection qui peut en découler, ceux qui ont été proposés comme sujets contrôles pouvant être plus souvent malades que d’autres, dans la perspective de bénéficier d’un suivi médical.

Méthodologie

L’étude PREVAIL III a été menée au Liberia entre juin 2015 et juin 2017 : elle a recruté des sujets ayant survécu à l’infection (délai médian entre le début de la maladie et l’inclusion : 358 jours). Ils ont été suivis tous les 6 mois. Parallèlement, ils désignaient des sujets de leur entourage qui avaient été non infectés pour constituer la population contrôle (après validation biologique).

Principaux résultats

  • Au total, l’étude a été menée auprès de 966 sujets survivants et 2.350 sujets contrôles séronégatifs. Le taux de ceux qui présentaient des IgG spécifiques dirigés contre le virus étaient de 87,2% parmi les premiers et de 12,7% parmi les seconds.

  • Les symptômes rapportés par les survivants (présentant des IgG) de façon plus fréquente que les sujets contrôles (sans IgG) étaient principalement une fréquence accrue des urines (14,7 vs 3,4%), des maux de tête (47,6 vs 35,6%), la fatigue (18,4 vs 6,3%), les douleurs musculaires (23,1 vs 10,1%) ou articulaires (47,5 vs 17,5%), et perte de mémoire (29,2 vs 4,8%) avec des chiffres supérieurs chez les adultes que chez les enfants et adolescents. Il n’y avait pas d’association entre le taux d’anticorps et les symptômes.

  • Lors de l’examen clinique, les séquelles les plus fréquemment observées dans la population préalablement infectée, en comparaison des sujets contrôles, étaient des symptômes de nature abdominale, thoracique, neurologique, musculaire et articulaire avec notamment des douleurs musculaires (4,1 vs 0,9%), une limitation de l’amplitude de mouvement articulaire (2,7 vs 1,4%), la présence de réflexes anormaux (1,4 vs 0,7%), des tremblements (0,9 vs 0,2%), une sensibilité abdominale (5,6 vs 3,7%), une distension abdominale (1,9 vs 1,4%), un pouls irrégulier (1,0 vs 0,5%) et un souffle cardiaque (0,9 vs 0,3%).

  • Une uvéite était diagnostiquée chez 26,4% des sujets survivants contre 12,1% des sujets contrôles, dont respectivement 5,3 et 2,0% présentaient une forme active (p significatifs). Ce chiffre augmentait à 6 et 12 mois dans les deux groupes, les survivants présentant une hausse plus élevée que la cohorte contrôle.

  • Au total, de multiples analyses du liquide séminal ont pu être réalisées auprès de 267 hommes issus de la cohorte de survivants (âge médian 33 ans) : parmi les 252 sujets ayant bénéficié d’au moins 2 analyses distinctes au cours du temps, 31% présentaient au moins un test ARN positif, ce chiffre diminuant au cours du temps. Le délai le plus long observé entre la date de la maladie aiguë et la détection de l’ARN viral était de 40 mois.

Financement

L’étude a bénéficié de financements publics américains.