Dysmorphophobie : TCC ou psychothérapie de soutien ?

  • Wilhelm S & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 20 févr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Cette étude contrôlée randomisée réalisée au sein de deux centres hospitaliers américains montre qu’une thérapie cognitive et comportementale (TCC) ou une psychothérapie de soutien améliorent la sévérité des symptômes de dysmorphophobie. Même si les résultats étaient sites dépendants, la TCC semble globalement plus efficace pour réduire les symptômes et améliorer la qualité de vie, alors que les résultats sont moins constants avec la psychothérapie de soutien car probablement plus dépendants du savoir-faire et de l’expérience du thérapeute. Ces résultats demandent toutefois à être reproduits sur de plus larges échantillons de population.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les troubles dysmorphiques concernent 2 à 3% de la population générale et sont associés à des taux élevés de suicides et d’hospitalisations. Les psychothérapies de soutiens représentent l’approche psychosociale la plus fréquente. Mais les thérapies cognitives et comportementales (TCC) ont également fait la preuve de leur efficacité dans la prise en charge de ces troubles. Des chercheurs du Massachusetts General Hospital (Boston, USA) ont comparé ces deux approches en termes de sévérité des symptômes, de qualité de vie et de durabilité.

Méthodologie

Cet essai randomisé a recruté 120 sujets adultes atteints de dysmorphophobie selon le DSM-IV entre octobre 2011 et juillet 2016 au sein de deux hôpitaux, le Massachusetts General Hospital (MGH) et le Rhode Island Hospital (RIH). Les sujets étaient répartis en deux groupes, l’un (61 sujets) bénéficiait d’une TCC, l’autre (59 sujets) d’une psychothérapie de soutien à l’hôpital d’une heure chaque semaine durant 24 semaines. Une évaluation de suivi était réalisée à 3 et à 6 mois par un clinicien.

Résultats 

  • L’âge moyen des participants était de 34 ans et la majorité d’entre eux étaient des femmes (76,7%).
  • Les sujets du groupe MGH (n=65) étaient plus éduqués, avaient davantage de troubles de la personnalité évitante et prenaient moins souvent de benzodiazépines, par rapport à ceux du RIH.
  • La comparaison des deux approches thérapeutiques a donné des résultats différents selon les hôpitaux concernés, alors qu’aucune différence n’apparaissait à l’inclusion sur les critères évalués. 
  • La sévérité des symptômes, mesurée sur l’échelle du trouble obsessionnel-compulsif de Yale-Brown (Y-BOCS, critère principal), a été réduite dans les deux groupes de traitement. Mais la réduction du score a été plus rapide avec la TCC vs psychothérapie de soutien sur la période de 24 semaines au sein du RIH, montrant des pentes moyennes respectives de -18,2 et de -7,6 (p
  • Aucune différence significative n’a en revanche pu être observée au sein du MGH entre les deux groupes : -18,6 dans le groupe TCC contre -16,7 dans le groupe psychothérapie de soutien sur 24 semaines (P=0,48).
  • Les symptômes dépressifs, ou liés à la dysmorphophobie, la qualité de vie et les troubles fonctionnels (critères secondaires) se sont améliorés dans les deux groupes tout au long de la période étudiée. L’amélioration de la qualité de vie est cependant apparue de façon plus rapide dans le groupe TCC, avec là aussi un effet centre.
  • L’amélioration des symptômes s’est maintenue à 6 mois dans les deux bras de traitement.
  • Il faut toutefois noter que la satisfaction vis-à-vis du traitement a été supérieure pour la TCC vs la psychothérapie de soutien au RIH, mais pas au MGH. La perception de la thérapie et l’espérance d’amélioration des patients étaient déjà meilleures pour la TCC (vs psychothérapie) en début de traitement au RIH, mais pas au MGH. Par ailleurs, le MGH disposant d’enseignement de haut niveau en psychologie, il est probable que les psychothérapie aient été de meilleure qualité.

Limitations

La population étudiée (majoritairement féminine, niveau d’éducation élevé) ne reflète pas l’ensemble de la population.