Dysfonction sexuelle et hypogonadisme, plus fréquents chez les travailleurs en horaires décalés ?

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Les salariés qui occupent un emploi en travail posté ou en travail de nuit sont exposés à une augmentation des risques de troubles du sommeil, troubles cognitifs, hypertension artérielle, symptômes gastro-intestinaux, syndrome métabolique… Des travaux ont précédemment décrit que ces sujets présentaient plus souvent une testostéronémie basse ou variable par rapport aux salariés ayant un emploi standard. Ce trouble se traduit-il par un risque accru d'hypogonadisme et de dysfonction sexuelle?

Méthodologie

  • Tous les hommes qui se sont présentés dans le service d'urologie investigateur entre juillet et octobre 2014 ont été invités à remplir un questionnaire sur leur rythme de travail. Ceux qui prenaient leur poste avant 7 heures ou après 2 heures du matin, ceux qui alternaient travail de nuit et travail standard, et ceux qui travaillaient souvent en dehors de la tranche 7- 18h étaient inclus dans le groupe de salariés ayant des modalités de travail non standards.

  • Ils devaient répondre à des questionnaires relatifs à l'hypogonadisme et aux symptômes sexuels : ADAM (Androgen Deficiency in the Aging Male), ADAMq (ADAM quantitatif, non validé) et IIEF (International Index of Erectile Function). Ils devaient aussi qualifier leur satisfaction relative à leur qualité de sommeil (très satisfait, assez satisfait, assez insatisfait, très insatisfait).

  • Les comorbidités et la prise d'un traitement hormonal ont été recensés, tandis que les taux de testostérone total et libre, les taux d'estradiol, de dehydroépiandrostérone, de LH et de FSH ont été parallèlement mesurés.

Résultats

  • 691 questionnaires ont été remplis lors de la période d'analyse. Parmi eux, 494 ont été identifiés comme ayant un emploi à horaires standards, contre 182 ayant un emploi à horaires non standards. La moyenne d'âge respective était de 46,5 contre 41 ans (p<0,0001).

  • Les caractéristiques des deux groupes à l'inclusion étaient similaires hormis une incidence des cancers supérieure chez les travailleurs à horaires standards (p=0,008). Le taux de réponse aux questionnaires sur l'hypogonadisme était identique dans les deux groupes.

  • Parmi les hommes ayant un emploi à horaires non standards, 33% se disaient très satisfaits de leur qualité de sommeil, contre 34%, 28% et 5% se disant respectivement assez satisfaits, assez insatisfaits, très insatisfaits.

  • Parmi ces patients, la qualité de sommeil était associée au score IIEF : ainsi les sujets se disant très ou assez satisfaits de leur sommeil avaient un meilleur score IIEF par rapport à ceux très insatisfaits (p<0,05). Les patients se disant assez insatisfaits de leur qualité de sommeil avaient des scores ADAM et ADAMq inférieurs à ceux des patients se disant très satisfaits (p<0,05).

  • Parallèlement, aucune corrélation n'a été identifiée entre la qualité de sommeil et les valeurs des différents paramètres biologiques évalués. Ces derniers n'étaient pas différents selon les modalités de l'emploi (standards ou non standards). Aucune différence n'était non plus notée selon la fréquence des traitements hormonaux.

Limitations

  • Il s'agissait d'une étude monocentrique conduite sur le déclaratif d'une population consultant un service d'urologie. Ces données ne sont donc pas transposables à la population masculine globale.

  • La corrélation entre qualité de sommeil et symptômes sexuels n'a pas été conduite parmi la cohorte de travailleurs en horaires standards.

À retenir

Aucune différence n'a été mise en évidence concernant la fréquence des symptômes sexuels et de l'hypogonadisme selon les modalités d'emploi des travailleurs, peut être du fait des traitements hormonaux concomitants. Cependant, les travailleurs à horaires décalés qui déclaraient la moins bonne qualité de sommeil étaient aussi ceux qui déclaraient le plus de symptômes sexuels ou de signes d'hypogonadisme. Les mécanismes via lesquels le sommeil pourrait influencer ces derniers, indépendamment des taux hormonaux doivent être identifiés.