Durée du sommeil chez l’enfant et troubles psychiatriques, les liens se resserrent

  • Billot M & al.
  • Clin Ther
  • 5 déc. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Cette étude de cohorte suédoise montre l’existence d’une association modeste entre des durées de sommeil plus courtes à l’âge de 6 et 8 ans et la survenue de troubles émotionnels chez les garçons comme chez les filles deux ans plus tard.
  • Chez les garçons, une durée de sommeil réduite aux âges de 8 et 10 ans a également pu être associée à la survenue de troubles du comportement par la suite.
  • Même si ces résultats sont en contradiction avec d’autres études et qu’aucun lien de causalité ne peut en être tiré, cette étude présente l’avantage d’un échantillon important, de mesures objectives du sommeil et d’une évaluation psychiatrique sur entretien clinique et non par questionnaire.
  • L’amélioration du sommeil apparaît donc comme un élément intéressant pour prévenir, voire traiter, certains troubles psychiatriques chez l’enfant.

 

La durée du sommeil joue un rôle essentiel dans les troubles émotionnels et comportementaux de l’enfant et un déficit de sommeil est associé à la survenue de troubles anxieux, dépressifs ou de régulation des émotions. La plupart des études disponibles sont basées sur des durées de sommeil autorapportées ou une évaluation de la santé mentale à partir de questionnaires, laissant une part de subjectivité importante. Des études longitudinales disposant de mesures objectives de la durée du sommeil étaient donc attendues pour évaluer dans quelle mesure une réduction de la durée du sommeil pouvait impacter la santé mentale des enfants, pas seulement de façon immédiate, mais également à plus long terme. La direction de l’association, ainsi que l’influence du sexe ont également été interrogées.

Mesurer l’association entre durée réduite de sommeil et troubles psychiatriques ultérieurs

Cette étude de cohorte basée sur les données de la cohorte norvégienne Tronheim Early Secure Study a inclus 799 enfants et les a suivis de façon bisannuelle depuis l’âge de 4 ans jusqu’à 12 ans. Pour chaque évaluation, la durée du sommeil était mesurée sur une semaine grâce à un accéléromètre triaxial porté 24h/24. Les troubles émotionnels (symptômes anxieux ou dépressifs, ainsi que les troubles du comportement (oppositions, respect des règles, hyperactivité et déficit de l’attention) étaient évalués par des entretiens semi-structurés avec les parents, et les enfants lorsqu’ils avaient plus de 8 ans.

Une association unidirectionnelle est observée

De façon globale, une courte durée de sommeil à l’âge de 6 ans était associée de façon modeste mais significative à un risque plus élevé de troubles émotionnels deux ans plus tard (B=-0,44[-0,80 à -0,08], p=0,02). Et des durées de sommeil plus faibles à l’âge de 8 ans était associée à la fois à davantage de troubles émotionnels (B=-0,47[-0,83 à -0,11], p=0,01) et de troubles comportementaux (B=-0,49[-0,90 à -0,07], p=0,02) à l’âge de 10 ans. En revanche des durées de sommeil plus courtes à l’âge de 10 ns ne prédisaient pas la survenue de symptômes deux ans plus tard. L’association inverse, un effet de la présence de troubles psychiatriques sur la durée de sommeil, n’a pu être mise en évidence.

Des différences selon les sexes

L’analyse des données en fonction du sexe a montré que le lien entre durée de sommeil à l’âge de 8 ans et troubles du comportement à l’âge de 10 ans était présent chez les garçons mais pas chez les filles. Une association retrouvée également chez les garçons entre durée du sommeil à 10 ans et troubles du comportement à 12 ans. Cette différence entre les sexes était significative. En revanche, l’association entre plus faible durée de sommeil et troubles émotionnels deux ans plus tard ne semblait pas impactée par le sexe.